Page:Botrel - Contes du lit-clos, 1912.djvu/63

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À les relever nul ne songe…
Hormis Ceux qui les ont brisés :

Quand la mi-nuit sonne à l’horloge
Du sombre Palais de la Mort,
De sa tombe chacun déloge
Pour venir au pays d’Armor !

D’où viennent-ils ? Quel sortilège
Les force à revenir chez nous ?
Je ne sais ! mais nul sacrilège
Ne doit manquer au rendez-vous !

Au milieu des lambeaux informes
Des linceuls rongés et boueux,
On reconnaît les uniformes
Que portaient, autrefois, les Bleus…

Et chacun s’en va, solitaire,
Sans voir qui s’en vient près de lui,
Cherchant, à tâtons, le Calvaire
Qu’au temps jadis il a détruit…

Et, quand il l’a trouvé, bien vite
Il tâche à le mettre debout ;
Mais son corps décharné s’effrite
En se frôlant au dur caillou :

Hé ! las ! que chaque pierre ronde
Semble donc lourde à ses doigts gourds
Lourds de tous les péchés du monde
Hé ! las ! que les Jésus sont lourds !…