Page:Bouchaud - Considérations sur quelques écoles poétiques contemporaines, 1903.djvu/25

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Les vers suivants ne sont-ils pas la preuve de ce que j’avance là ?

Ô porte du jardin qui grince sur ses gonds
Et s’écarte en chassant des graviers autour d’elle,
Cependant qu’apparaît, plein de lys et d’ombelles,
Le verger vert avec son odeur d’estragon.

(Ctesse de Noailles).

Franchement le lecteur et l’auditeur sont-ils choqués ? Les première et quatrième rimes : gonds au pluriel, estragon au singulier, ne sont-elles pas aussi riches que si ce dernier mot était terminé par un s ? J’ai lu souvent des vers dont les auteurs, en pareille occurrence, ne craignaient pas d’offenser la grammaire. Ils auraient, par exemple, bravement écrit :

Le verger vert avec son odeur d’estragons —


(s à la fin du mot) ; à moins que, par égard pour la rime aux yeux, ils n’aient découvert quelque chose de ce genre :

Le verger vert et ses odorants estragons,


composant ainsi un vers absolument mauvais, tout en croyant respecter la Muse.

On peut raisonner de façon analogue à pro-