Page:Boutroux - La Monadologie.djvu/176

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Divinité de moment en moment, bornées par la réceptivité de la créature, à laquelle il est essentiel d’être limitée (§ 382-391, 398, 395).

48. Il y a en Dieu la Puissance, qui est la source de tout, puis la Connaissance qui contient le détail des idées, et enfin la Volonté, qui fait les changements ou productions selon le principe du meilleur[1] (§ 7, 149-180). Et c’est ce qui répond à ce qui, dans les monades créées, fait le sujet ou la base[2], la faculté perceptive et la faculté appétitive. Mais en Dieu ces attributs sont absolument infinis ou parfaits et dans les Monades créées ou dans les Entéléchies (ou perfectihabies, comme Hermolaüs Barbarus[3] traduisait ce mot) ce



  1. Il y a ici un souvenir de la Trinité chrétienne ; mais ici encore Leibniz s’assimile et transforme ce qu’il emprunte. Et même le trait caractéristique de la Trinité chrétienne, l’égalité des trois personnes, semble avoir disparu. Il est difficile de ne point attribuer la prééminence à la connaissance, dans la triade leibnitienne. Car c’est elle qui contient, et les possibles que réalisera la volonté, et les raisons qui détermineront celle-ci à réaliser certains possibles de préférence aux autres.
  2. Le sujet ou la base de la monade parait ne figurer ici que par une raison de symétrie. Leibnitz n’en a pas parlé plus haut (voy. § 19). Et que serait cette base ? Une matière (ὒλη) indéterminée, une sorte de liberté d’indifférence ? Mais ce ne peut être là, pour Leibnitz, qu’une abstraction creuse. L’être a nécessairement quelque détermination, c’est-à-dire que le sujet ne se sépare pas autrement que par abstraction de la perception et de l’appétition, qui en font ceci et non cela. Il faut, a dit Leibnitz (§ 8), que les monades aient quelques qualités, autrement ce ne seraient pas même des êtres.
  3. Hermolaüs Barbarus (Ermolao Barbaro), érudit italien de la Renaissance (1454-1493), interprète d’Aristote, qu’il oppose aux Scolastiques. Il traduisit une partie des ouvrages d’Aristote et des commentaires de Thémistius. Il est de ceux qui contribuèrent le plus à faire connaître dans les Écoles la vraie doctrine du maître. On raconte qu’il demanda au diable le vrai sens du mot ἐντελέχεια chez Aristote. L’expression perfectihabia, formée de perfectum et de habeo, n’est qu’une traduction littérale qui ne nous éclaire guère. L’entéléchie d’Aristote est l’acte (ἐντελῶς ἐχειν) (Voy. sup., p. 150, n. 2) ; la monade de Leibnitz n’est qu’une tendance, intermédiaire entre la matière nue, qui n’est qu’une abstraction, et l’acte proprement dit, qui n’est réalisé qu’en Dieu.