Page:Boyer d’Argens - Lettres juives, 1754, tome 2.djvu/168

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ont unis. Ce lien, chez eux, n’est qu’une espèce de commerce fondé sur la nécessité ou sur la bienséance, quelquefois même sur le plaisir. [1]

Les femmes sur-tout, n’ont guères d’amis que dans ce goût. Le plaisir les unit, le plaisir les sépare, & elles sont plus legères

  1. 0n peut faire aux amis de notre siécle les reproches que Cicéron faisoit aux Epicuriens. « Quelques-uns des Grecs, dit-il, qui ont même passé pour sages parmi eux, ont eu des sentimens fort extraordinaires, sur-tout ce que je viens de dire, car il n’y a point d’extravagance, où les subtilités de ces gens-là ne les conduisent. Les uns disent qu’il faut éviter les amitiés trop étroites, pour ne pas se charger du soin des affaires des autres ; chacun ayant assez des siennes, & rien n’étant plus importun que d’entrer trop avant dans celles d’autrui : & que les amitiés les plus commodes sont celles dont les rênes, pour ainsi dire, sont plus lâches, & qu’on peut allonger & accourcir comme on veut, puisque, pour vivre heureux, le secret est de se tenir exempt de toutes sortes de soins ; ce qui n’est pas possible, lorsqu’on est occupé des affaires des autres, & qu’on est toujours pour eux comme dans les douleurs de l’enfantement. » Nam quibusdam, quos audio sapientes habitos in Graeciâ, placuisse opinor mirabilia quoedam. Sed nihil est quod illi non persequantur suis argutiis : partim fugiendas esse nimias amicitias, ne necesse sit unum sollicitum esse pro pluribus : satis superque esse suarum cuique rerum : alienis nimis implicari molestum esse, quàm laxissimas habenas habere amicitiae, quas vel adducas cum velis, vel remittas. Caput enim esse ad beate vivendum securitatem, quâ frui non possit animus, si tanquam parturiat unus pro pluribus. Cicero de amicitiâ, Cap. XIII.