Page:Buffenoir - Cris d’amour et d’orgueil, 1887-1888.djvu/2

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Pour sentir tout le prix d’un cœur qui s’abandonne,
Pour goûter le délice adoré des aveux,
Pour entrevoir le ciel quand la femme se donne
Et déroule en tremblant le flot de ses cheveux !



À TRAVERS L’AMOUR


En la voyant passer, les vieillards en ivresse
Disaient ; Dieux immortels, rendez nous la jeunesse !



Comme un parfum léger de fleurs immaculées,
Garderas-tu longtemps, garderas-tu toujours
Le souvenir des bois, des monts et des vallées
Qui furent les témoins discrets de nos amours ?

N’oublieras-tu jamais ces sentiers du rivage
Où, tremblants, nous passions dans la félicité,
Ces sources au flot pur reflétant ton image,
Et qui me paraissaient jaloux de ta beauté ?

Te rappelleras-tu ces chutes d’eau lointaines
Qu’un soir nous écoutions, ces brises du printemps
Qui courbaient la moisson naissante au fond des plaines,
Et faisaient se mêler les lèvres des amants ?

Notre âme s’exaltait devant cette nature,
Devant ces horizons, ces coteaux rajeunis,
Confidents embaumés de la tendre aventure
Qui charmait tant nos cœurs et les avait unis.

Nous allions, enlacés, cueillir la poésie
Que la fraîcheur des nuits laisse au matin vermeil,
Et nous marchions au gré de notre fantaisie
Dans un rayon divin d’amour et de soleil.

Oh ! je te vois encor inclinant ton ombrelle
Pour mieux perdre en mes yeux ton regard attendri ;
Telle au fond des forêts frémit la tourterelle
En roucoulant le soir près du ramier chéri.

J’admirais ta jeunesse heureuse et caressante,
Ton gracieux maintien, ton sourire ingénu ;
Et pour ensorceler ta beauté florissante
J’aurais voulu parler un langage inconnu.

Je tremble en écrivant ces vers, chère adorée,
Car ils ne sont, hélas ! qu’une ombre sans couleur ;
L’ardente passion que tu m’as inspirée
Ne peut y resplendir dans toute sa chaleur.