Page:Buffenoir - Cris d’amour et d’orgueil, 1887-1888.djvu/4

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Je songeais qu’autrefois des milliers de mortels,
Pèlerins accourus de lointaines contrées,
S’étaient agenouillés au pied de ces autels
Dont je considérais les parures sacrées.

Et j’évoquais les jours où le peuple en émoi,
Naïvement séduit par un attrait mystique
Aimait s’anéantir et proclamer sa foi
Dans les fleurs et l’encens de l’enceinte gothique.

L’église était déserte, et le bruit de mes pas
Retentissait longtemps sur la dalle sonore :
Je croyais m’avancer dans la nuit du trépas
Et des morts profaner le sommeil incolore.

Oh ! non, non, me disais-je en ma sincérité,
Ce ne sont point les murs de cette église antique
Qui renferment pour moi la vie et la beauté !
Ces autels ont perdu leur attrait poétique.

Fuyons le morne aspect de ces tombeaux glacés,
De ces froids monuments, de ces linceuls de pierre
Où sont ensevelis d’illustres trépassés
Depuis longtemps réduits et tombés en poussière.

Dans le marbre doré laissons se reposer
L’orgueilleux souvenir de ces grands personnages,
Et sous ces vastes nefs laissons s’éterniser
Le fantôme oublié des vieux pèlerinages.


II


Comme j’allais sortir de cette obscurité,
Et secouer ton joug, ô funèbre Analyse,
Un rayon de soleil illumina l’église.
Et tout sembla renaître à sa vive clarté.

À l’angle d’un pilier j’aperçus, recueillie,
Une jeune chrétienne, une vierge, une enfant…
Son chaste et franc regard, son maintien suppliant,
Sa grâce, sa candeur et sa mélancolie

Me firent éprouver un doux contentement,
Et mon pas, malgré moi, ralentit son allure :
Je sentais que cette âme était naïve et pure,
Que rien n’avait terni ce front noble et charmant.

Et je fus attendri ! La beauté, la jeunesse,
L’innocence du cœur rayonnant dans les yeux,
Sur le plus sombre rêve ont un prestige heureux,
Et font qu’à nos malheurs se mêle une allégresse…