Page:Burnouf - Introduction à l’histoire du bouddhisme indien.djvu/17

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delà des deux premières années du cours. Dans ces deux années, le professeur, comme il le dit lui-même, « avait donné une notion exacte et complète des diverses parties du discours en usage dans les langues anciennes et dans les dialectes modernes de l’Europe ; c’étaient les principes généraux d’une théorie philosophique du langage. » Après ces prolégomènes sur la grammaire générale et comparée, ou plutôt la grammaire comparative, et sur l’histoire de cette science, M. Eugène Burnouf se proposait d’étudier le grec et le latin, et de les rapprocher du sanscrit et des langues de cette famille. Il devait ensuite faire en troisième année la critique des méthodes d’enseignement pour les langues, et cette critique était la fin et comme la justification du cours entier. Il n’est pas besoin d’être très-versé dans ces matières pour voir qu’il y avait dans ce programme, suivi par un savant de ce mérite, tous les éléments d’une rénovation pour l’étude des langues. Ce cours n’a pas été continué ; mais le besoin s’en est toujours fait sentir dans le grand établissement qui l’avait possédé quelque temps ; et M. Dubois, qui a dirigé l’École pendant dix ans avec tant d’honneur, avait en partie satisfait ce besoin par le cours de pédagogie dont il s’était chargé lui-même. Il n’est plus possible désormais de faire une étude complète du latin et du grec sans remonter jusqu’au sanscrit, et M. Eugène Burnouf aura été parmi nous le premier à inaugurer un enseignement qui nous manque et que tôt ou tard il faudra reconstituer tel qu’il l’avait conçu.

Je ne fais que mentionner le prix remporté en 1831 par M. Eugène Burnouf sur la transcription des écritures asiatiques en lettres latines. Ce prix fondé par Volney n’existe plus ; et le sujet, un peu trop restreint, a été élargi pour le rendre plus utile à la science. Les papiers de M. Eugène Burnouf ne renferment que des notes assez nombreuses sur ce travail ; mais la rédaction originale doit se trouver dans les archives de l’Institut, qui l’a couronnée.

Telle était donc la situation scientifique de M. Eugène Burnouf dans la première partie de sa carrière. Déjà connu par l’Essai sur le pâli, et j’ajoute par des Notices intéressantes sur l’Inde française, secrétaire de la Société Asiatique de Paris en 1829, après avoir été un de ses fondateurs, professeur très-autorisé, quoique novateur, à l’École normale, membre de l’Institut à la place de Champollion le jeune, professeur de sanscrit au collége de France à la place de M. de Chézy, membre du Journal des Savants à la place de M. Saint-Martin, il promettait à l’érudition nationale les travaux les plus neufs et les plus distingués, quand, en 1833, la publication de son Commentaire sur le Yaçna[1] vint réaliser et dépasser même toutes les espérances. Voilà le premier de ses grands monuments ; arrêtons-nous-y quelques instants.

On sait que le Yaçna est un des livres religieux des Parses, ou sectateurs de la religion de Zoroastre, qui restent encore aujourd’hui dans quelques districts de la

  1. Yaçna est le mot zend que M. Eugène Burnouf a cru devoir rétablir. Izeschné, que l’on trouve dans le Zend-Avesta d’Anquetil-Duperron, est la transcription pehlvie, que lui avaient transmise les Parses du Guzarate.