Page:Burnouf - Introduction à l’histoire du bouddhisme indien.djvu/18

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Perse et de l’Inde, où ils sont dispersés et peu nombreux. Le Yaçna, comme l’étymologie même l’indique, est le livre de la liturgie, le livre des prières prononcées au moment du sacrifice. Il fait partie d’un recueil que les Parses appellent Vendidad-Sadé, et qui comprend, outre le Yaçna, le Vendidad proprement dit et le Vispered, ou collection d’invocations. Le Vendidad-Sadé lui-même n’est qu’une portion très-peu considérable des livres qui portaient le nom de Zoroastre et que les Parses regardent comme le fondement de leur loi ; c’est un simple fragment de la vingtième section ou naçka de ces livres, qui en avaient en tout vingt et une. Si à ces trois morceaux du Vendidad-Sadé l’on en joint quelques autres beaucoup plus courts, que les Parses conservent sous le nom de Ieschts et de Néaeschs, et qui sont des hymnes aux génies maîtres du monde, on aura l’ensemble des rares débris de la grande religion qui régnait en Perse au temps de Cyrus. C’est là tout ce que le temps en a laissé subsister ; mais le temps a de plus aboli la connaissance de la langue originale dans laquelle ces livres précieux ont été composés, même pour la nation à peu près éteinte qui leur demande toujours ses inspirations religieuses.

En 1723, un Anglais, Georges Bourchier, avait apporté de Surate à Oxford un exemplaire zend du Vendidad-Sadé et l’avait déposé à la bibliothèque de l’Université ; mais ce texte sans traduction n’était entendu de personne, et c’était une curiosité plutôt encore qu’un document. Plus tard, un Écossais nommé Frazer avait fait tout exprès le voyage de Surate pour compléter cette première acquisition ; mais les prêtres des Parses, les mobeds, ne voulurent ni lui communiquer les manuscrits, ni lui apprendre le zend et le pehlvi, qui seuls devaient les expliquer. En 1754, quelques feuillets calqués sur le manuscrit d’Oxford tombent par hasard sous les yeux d’Anquetil-Duperron, et il n’en faut pas davantage pour enflammer cette âme héroïque. Sans autres ressources que son courage, il part aussitôt pour un voyage de trois mille lieues, chez des peuples dont il ne connaît ni la langue ni les mœurs ; et après dix-sept ans de recherches, de fatigues, de travaux, il publie le Zend-Avesta, c’est-à-dire la traduction de tout ce qui reste des livres de Zoroastre, et il dépose à notre grande bibliothèque les textes originaux et les documents de toute sorte qu’il avait pu recueillir, livrant ainsi au contrôle du monde savant tous les résultats et tous les procédés d’un travail gigantesque, « qui pourrait sembler peu vraisemblable, comme le dit M. Burnouf, s’il n’eût été couronné par le succès. » Malheureusement la science d’Anquetil-Duperron n’égalait pas son grand cœur ; et la traduction qu’il donnait du Zend-Avesta n’était pas de lui. Sa modestie et sa sincérité, d’ailleurs, ne se l’attribuaient pas. Il la devait aux mobeds du Guzarate, aux prêtres parses avec qui il avait longtemps vécu. Mais ces prêtres eux-mêmes ne comprenaient plus la langue originale du Zend-Avesta ; ils ne comprenaient même que très-imparfaitement la traduction pehlvie, qui, dans des temps très-reculés, avait pris canoniquement la place du vieil idiome zend, devenu inintelligible. Bien plus, il était certain que les Parses du Guzarate auxquels s’était adressé Anquetil-Duperron n’avaient à lui donner qu’une tradition suspecte. Leurs ancêtres, chassés de Perse par la conquête musul-