Page:Burnouf - Introduction à l’histoire du bouddhisme indien.djvu/53

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livres pâlis de Ceylan. Si j’ai dû convenir que les versions chinoises, tibétaines et mongoles pouvaient, dans un plus ou moins grand nombre de cas, éclairer de quelque lumière l’étude des originaux, on devra m’accorder également que, dans un nombre de cas beaucoup plus considérable, ces versions doivent rester aussi obscures aux philologues européens qui s’occupent de chinois, de tibétain et de mongol, que les textes écrits en sanscrit le sont pour ceux qui ont fait de cette langue une étude spéciale. J’ose même dire que s’il existe quelque différence entre ces deux classes d’érudits, toutes les conditions de savoir et de talent étant reconnues égales, cette différence doit être à l’avantage de ceux qui ont la faculté de lire dans l’original même ce que les autres ne peuvent apercevoir qu’à travers le milieu de langues dont les procédés et le caractère ont souvent si peu de rapports avec ceux de l’idiome dans lequel les textes ont été primitivement rédigés.

Le génie de l’Inde a marqué toutes ses productions d’un caractère tellement spécial, que quelque supériorité d’esprit, et quelque liberté dans l’emploi de leurs moyens qu’on suppose aux traducteurs orientaux, on ne peut s’empêcher de reconnaître qu’ils ont dû nécessairement transporter dans leurs versions certains traits de l’original qui resteront souvent inintelligibles au lecteur qui n’a pas le moyen de recourir au texte indien lui-même. Il y a plus, le but même de ces traducteurs a dû être de reproduire le plus fidèlement qu’il leur était possible la couleur indienne, si fortement empreinte dans les ouvrages qu’ils voulaient populariser. De là ces versions dans lesquelles les noms propres, et souvent aussi les termes spéciaux de la langue religieuse et philosophique du buddhisme, ont été conservés avec une attention désespérante pour celui qui ne peut en chercher la signification dans l’idiome auquel ils appartiennent. De là ces traductions, qui sont des imitations matériellement exactes de l’original, mais qui, tout en en retraçant les traits extérieurs, n’en expriment pas plus l’âme que le calque d’un tableau qui s’arrêterait au contour des figures, sans en reproduire la partie colorée et vivante, ne représenterait ce tableau. Sous ce rapport, les textes originaux ont, sur les traductions qui les répètent, un avantage incontestable ; et, toutes choses étant égales d’ailleurs, le traducteur d’un livre buddhique écrit en sanscrit se trouve placé dans des conditions moins défavorables pour le bien comprendre que le traducteur du même texte reproduit dans la langue de l’un des peuples de l’Orient chez lesquels s’est établi le Buddhisme.

Mais ce n’est pas seulement par les traits qu’elle conserve de l’original sanscrit qu’une traduction chinoise, tibétaine ou mongole sera quelquefois plus obscure que le texte, et conséquemment doit lui être inférieure aux yeux de la