Page:Burnouf - Introduction à l’histoire du bouddhisme indien.djvu/55

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vers les ouvrages sanscrits nommés Tchampû[1], n’est pas la seule particularité curieuse de ce livre ; ce qui le rend plus remarquable encore, c’est que les portions poétiques sont largement entremêlées de formes populaires, quelquefois analogues à celles des dialectes prâcrits, dérivés du sanscrit, à peu près comme dans la stance, mi-partie sanscrite et prâcrite, que Colebrooke a citée dans son traité sur la poésie indienne[2]. Ces formes ne paraissent pas seulement là où les appelle le besoin du mètre, dont les lois ne sont pas d’ailleurs très-sévères ; elles sont au contraire très-fréquentes et assez nombreuses pour caractériser d’une manière distincte le style des parties poétiques de cet ouvrage.

Ce que je viens de dire du Saddharma puṇḍarika s’applique également à un grand nombre d’ouvrages de la collection népalaise. Les livres nommés Mahâyâna sûtras, dont je parlerai bientôt, et en général tous les traités dont le fond se trouve ainsi doublé par l’addition d’une rédaction poétique, offrent ce style mélangé de formes populaires prâcrites ou pâlies ; on le remarque encore, et même à un plus haut degré, dans un ouvrage composé en prose, le Mahâvastu, ou la Grande histoire, volumineux recueil de légendes relatives au fondateur du Buddhisme et à plusieurs de ses contemporains, duquel il sera question plus bas. Cet ouvrage est généralement écrit en prose, et la présence des formes altérées n’y est certainement pas justifiée par les nécessités de la métrique.

Je n’ai pas besoin d’insister beaucoup pour faire comprendre l’intérêt qu’a la critique à vérifier l’existence ou l’absence d’un caractère de ce genre. C’est encore une question obscure que celle de savoir dans quelle langue ont été, pour la première fois, rédigés par écrit les livres attribués au fondateur du Buddhisme. Dans le nord, les Tibétains, ainsi que nous le dirons plus tard, affirment que plusieurs dialectes indiens ont été employés à la fois par les premiers disciples de Çâkya[3] ; mais sans discuter ici en détail cette opinion, dont l’examen trouvera sa place dans l’Esquisse historique du Buddhisme, je puis déjà dire, avec Lassen[4], que la classification des dialectes dont les Tibétains attribuent l’usage aux premiers rédacteurs des écritures sacrées a quelque chose de trop systématique et de trop factice pour être admise comme l’expression complète de la vérité. Son unique mérite, à mes yeux, est de constater l’emploi simultané de la langue savante et des dialectes populaires. Or, ce fait, dont M. Hodgson a déjà, par de bons arguments, démontré la pos-

  1. Colebrooke, Miscell. Essays, t. II, p. 135 et 136.
  2. Ibid., t. II, p. 102 et 103.
  3. Csoma, Note on the diff. syst. of Buddh., dans Journ. Asiat. Soc. of Bengal, t. VII, p. 143 sqq.
  4. Zeitschrift fur die Kunde des Morgenland, t. III, p. 159 et 160.