Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t1.djvu/66

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si doux que ce sacrifice même a dû paraître un l)onheur. IMais, s’il écarte en général les idées tristes d’efforts, de privations, de dévouement, il semble qu’ils cesseraient d’être nécessaires, et que la société n’en aurait plus besoin. Il ne vous parle que de vous-même ou pour vous-même ; et de ses leçons, ou plutôt de ses conseils, naîtrait le bon- heur général. Combien cette morale est supé- rieure à celle de tant de philosophes qui paraissent n’avoir point écrit pour des hommes , et qui taillent , comme dit Montaigne, nos obligations à la raison d’un autre être! Telles sont en effet la misère et la vanité de l’homme , qu’après s’être mis au-dessous de lui même par ses vices , il veut ensuite s’élever au-dessus de sa nature par le simulacre imposant des vertus auxquelles il se condamne; et qu’il deviendrait, en réalisant les chimères de son orgueil, aussi méconnaissable à lui-même pai’ sa sagesse, qu’il l’est en effet par sa folie. JMais, après tous ces vains efforts, rendu à sa mé- diocrité naturelle, son cœur lui répète ce mot d’un vrai sai^e : que c’est une cruauté de vouloir élever l’homme à tant de perfection. Aussi tout ce faste philosophique tombe-t-il devant la raison simple , mais lumineuse, de La Fontaine. Un ancien osait dire qu’il faut combattre souvent les l(jis par la nature : c’est par la nalure que La Fontaine combat les maximes outrées de la philosophie. Son livre est la loi naturelle en action : c’est la morale de Montaigne épurée dans une âme plus