Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t1.djvu/87

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l’homme tel qu’il se compose dans la société , et qu’elle lui ait donné son esprit et son talent pour augmenter le phénomène et le rendre plus remarquable par la singularité du contraste. Il conserva jusqu’au dernier moment tous les goûts simples qui supposent l’innocence des mœurs et la douceur de l’âme ; il a lui-même essayé de se peindre en partie dans son roman de Psyché , où il représente la variété de ses goûts , sous le nom de Polyphile , qui aime les jardins , les fleurs , les ombrages , la musique, les vers, et réunit toutes ces passions douces qui remplissent le cœur d’une certaine tendresse. On ne peut assez admirer ce fond de bienveillance générale qui l’intéresse à tous les êtres vivans :

Hôtes de l’univers, sous le nom d’animaux ;

c’est sous ce point de vue qu’il les considère. Cette habitude de voir dans les animaux des membres de la société universelle , enfans d’un même père , disposition si étrange dans nos mœurs , mais commune dans les siècles reculés , comme on peut le voir par Homère , se retrouve encore chez plusieurs orientaux. La Fontaine est-il bien éloigné de cette disposition , lorsqu’attendri par le malheur des animaux qui périssent dans une inondation , châtiment des crimes des hommes , il s’écrie par la bouche d’un vieillard:

Les animaux périr ! car encor les humains , Tous devaient succomber sous les célestes armes.