Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t3.djvu/339

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les discours ne serviraient à rien, si la pratique n’^' était conforme. La preuve qu’ils portaient, clans leur refus, non le calcul de l’avarice, mais l’enthousiasme d’un zèle religieux, c’est qu’ils se sont laissés tourmenter, voler, emprisonner, plutôt que de déroger à leur principe, qui d’ail- leurs leur avait long-temps réussi. Les quakers de la Pensilvanie avaient trouvé le secret de garantir cet état du fléau de la guerre, jusqu’à celle qui éclata, en 1755, entre l’Angleterre et la France. Quoique mêlés avec les Indiens, jamais aucune querelle ne les divisa ou ne fit couler de sang. C’est un fait que ne savait pas M. Mirabeau, observe l’auteur, lorsque, répondant, au nom de l’assemblée nationale, à une députation de quakers établis en France, et qui venaient demander l’exemption de porter les armes, il leur disait : « Et que seraient devenus vos frères de Pensilva- nie, si de grandes distances ne les avaient pas séparés des sauvages, si ces derniers avaient égorgé leurs femmes, leurs enfans,etc. ? » L’orateur de la députation aurait pu répondre : « Notre justice, notre douceur, notre bienfaisance uni- verselle désarment les sauvages. C’est la rapacité et la fourberie des Européens qui les irritent; et nous avons vécu comme des frères avec ceux qu’on a représentés comme des brigands pour avoir le droit de les exterminer. « Cette réponse n’aurait pas déplu à Mirabeau, qui n’aurait pas manqué de la faire, si, au lieu d’être président de l’assem-