Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t4.djvu/246

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un enfant s’élever pour m’imposer la loi ;
chaque instant redoublait ma haine et mon effroi.
Les cœurs volaient vers lui ; sa fierté, son
courage,
ses vertus s’annonçaient dans les jeux de son âge ;
et ma rivale, un jour, arbitre de mon sort,
m’eût présenté le choix des fers ou de la mort.
Tandis que ces dangers occupaient ma prudence,
le ciel de Zéangir m’accorda la naissance.
Je triomphais, Osman ; j’étais mère, et ce nom
ouvrait un champ plus vaste à mon ambition.
Je cachais toutefois ma superbe espérance ;
de mon fils près du prince on éleva l’enfance,
et même l’amitié, vain fruit des premiers ans,
sembla mêler son charme à leurs jeux innocens.
Bientôt mon ennemi, plus âgé que son frère,
s’enflammant au récit des exploits de son père,
s’indigna de languir dans le sein du repos,
et brûla de marcher sur les pas des héros.
Avec plus d’art alors cachant ma jalousie,
je fis à son pouvoir confier l’Amasie ;
et, tandis que mes soins l’exilaient prudemment,
tout l’empire me vit avec étonnement
assurer à ce prince un si noble partage,
de l’héritier du trône ordinaire apanage ;
sa mère auprès de lui courut cacher ses pleurs.
Mon fils, demeuré seul, attira tous les cœurs :
mon fils à ses vertus sait unir l’art de plaire :
presqu’autant qu’à moi-même il fut cher à son
père ;
et, remplaçant bientôt le rival que je crains,
déjà, sans les connaître, il servait mes desseins.
Je goûtais, en silence, une joie inquiète ;
lorsque, las de payer le prix de sa défaite,