Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t4.djvu/258

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Quelle épreuve ! Et c’est moi, grand dieu ! Qui la
prépare !


FÉLIME.


Je conçois les terreurs où votre cœur s’égare ;
mais un mot, pardonnez, pouvait les prévenir.
L’aveu de votre amour…


AZÉMIRE.


J’ai dû le retenir.
Quand un ordre cruel, m’appelant à Byzance,
du prince, après trois mois, m’eut ravi la
présence,
sa tendresse, Félime, exigea de ma foi
que ce fatal secret ne fût livré qu’à toi.
Il craignait pour tous deux sa cruelle ennemie.
Est-ce elle dont la haine arme la calomnie ?
A-t-il pour notre hymen sollicité Thamas ?
ô ciel ! Que de dangers j’assemble sur ses pas !
étrange aveuglement d’un amour téméraire !
Ces raisons qu’à l’instant j’opposais à son frère,
contre le prince, hélas ! Parlaient plus
fortement ;
je les sentais à peine auprès de mon amant ;
et quand, plus que jamais, ma flamme est combattue,
c’est l’amour d’un rival qui les offre à ma vue !


FÉLIME.


Je frémis avec vous pour vous-même et pour eux.
Eh ! Qui peut sans douleur voir deux cœurs vertueux
briser les nœuds sacrés d’une amitié si chère,
et contraints de haïr un rival dans un frère ?


AZÉMIRE.


Ah ! Loin d’aigrir les maux d’un cœur trop agité,
peins-moi plutôt, peins-moi leur générosité ;
peins-moi de deux rivaux l’amitié courageuse,
de ces nobles combats sortant victorieuse,