Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t4.djvu/265

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée



qui, sous le poids des maux dont je suis opprimé,
aurait fermé son cœur au plaisir d’être aimé ?
Mais mon frère en ces lieux tarde bien à paraître.


ACHMET.


Il s’occupe de vous, quelque part qu’il puisse être.
De sa tendre amitié je me suis tout promis ;
c’est mon plus ferme espoir contre vos ennemis.


LE PRINCE.


Hélas ! Nous nous aimons dès la plus tendre enfance,
et, de son âge au mien oubliant la distance,
nos âmes se cherchaient alors comme aujourd’hui ;
un charme attendrissant régnait autour de lui ;
et, le cœur encor plein des douleurs de ma mère,
l’amitié m’appelait au berceau de mon frère.
Tu le sais, tu le vis ; et lorsque les combats,
loin de lui, vers la gloire emportèrent mes pas,
la gloire, loin de lui, moins touchante et moins
belle,
m’apprit qu’il est des biens plus désirables qu’elle.
Il vint la partager. La victoire deux fois
associa nos noms, confondit nos exploits.
C’était le prix des miens ; et mon âme enchantée
crut la gloire d’un frère à la mienne ajoutée.
Mais je te retiens trop. Cours, observe ces lieux ;
sur les piéges cachés ouvre pour moi les yeux.
Aux regards du sultan je dois bientôt paraître.
Reviens… j’entends du bruit. C’est Zéangir
peut-être.
C’est lui. Va, laisse-moi dans ces heureux momens,
oublier mes douleurs dans ses embrassemens.