Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t4.djvu/270

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LE PRINCE.


Ciel ! Madame, un secret pour mon frère !
Eh pouvais-je prévoir ? …


AZÉMIRE.


Je sais que ce palais
devait à tous les yeux me soustraire à jamais ;
qu’entouré d’ennemis empressés à vous nuire,
de nos vœux mutuels vous n’avez pu l’instruire.
Hélas ! Me chargeait-t-on de ce soin douloureux,
moi qui, dans ce séjour pour vous si dangereux,
craignant mon cœur, mes yeux et mon silence même,
vingt fois ai souhaité de me cacher qui j’aime ?
Mais, non : je lui parlais de vous, de vos vertus ;
enfin, je vous nommais ; que fallait-il de plus ?
Et quand de son amour la prompte violence
a condamné ma bouche à rompre le silence,
j’ai vu son désespoir, tout prêt à s’exhaler,
repousser le secret que j’allais révéler.


LE PRINCE.


Oui, sans doute ; et ce trait manquait à ma misère ;
je devais voir couler les larmes de mon frère,
voir l’amitié, l’amour, unis, armés tous deux,
contre un infortuné qui ne vit que pour eux.
Mon âme à l’espérance était encore ouverte ;
c’en est fait : je l’abjure, et le ciel veut ma
perte ;
je la veux comme lui, si je fais ton malheur.


ZÉANGIR.


Ta perte ! … achève, ingrat, de déchirer mon cœur.
Il te fallait… cruel ! As-tu la barbarie
d’offenser un rival qui tremble pour ta vie ?