Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t4.djvu/278

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mais au bord du tombeau telle est ma destinée.
Par d’autres intérêts maintenant gouvernée,
aux soins de l’avenir vous croyez vous devoir ;
je conçois vos raisons, vos craintes, votre espoir ;
et, malgré mes vieux ans, ma tendresse constante
à vos destins futurs n’est point indifférente.
Mais vous n’espérez point que, pour votre repos,
je répande le sang d’un fils et d’un héros.
Son juge, en ce moment, se souvient qu’il est père.
Je ne veux écouter ni soupçons ni colère.
Ce sérail, qui, jadis, sous de cruels sultans,
craignait de leurs fureurs les caprices sanglans,
a connu, dans le cours d’un règne plus propice,
quelquefois ma clémence, et toujours ma justice.
Juste envers mes sujets, juste envers mes enfans,
un jour ne perdra point l’honneur de quarante ans.
Après un tel aveu, parlez, je vous écoute ;
mais que la vérité s’offre sans aucun doute.
Je dois, s’il faut porter un jugement cruel,
en répondre à l’état, à l’avenir, au ciel.


ROXELANE.


Seigneur, d’étonnement je demeure frappée.
De vous, de votre fils en secret occupée,
j’ai dû, sans m’expliquer sur ce grand intérêt,
muette avec l’empire, attendre son arrêt.
Mais, puisque le premier vous quittez la contrainte
d’un silence affecté, trop semblable à la feinte,
de mon âme à vos yeux j’ouvrirai les replis :
je déteste le prince et j’adore mon fils ;
ainsi que vous, du moins, je parle avec franchise ;
et, loin qu’avec effort ma haine se déguise,