Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t4.djvu/281

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Des revers des sultans vous me tracez l’image :
je reconnais vos soins, madame ; et je présage
que, grâce aux miens peut être, un sort moins rigoureux
écartera mon nom de ces noms malheureux.
Trop d’autres, négligeant le devoir qui m’arrête,
à des fils soupçonnés ont demandé leur tête.
Oui : mais n’ont-ils jamais, après ces rudes coups,
détesté les transports d’un aveugle courroux ?
Hélas ! Si ce moment doit m’offrir un coupable,
peut-être que mon sort est assez déplorable.
Serais-je donc rangé parmi ces souverains
qu’on a vus, de leurs fils juges trop inhumains,
réduits à s’imposer ce fatal sacrifice ?
Malheureux qu’on veut plaindre et qui faut qu’on haïsse !
Quelqu’éclat dont leur régne ait ébloui les yeux,
de ces grands châtimens le souvenir affreux,
éternisant l’effroi qu’imprime leur mémoire,
mêle un sombre nuage aux rayons de leur gloire.
Le nom de Soliman, madame, a mérité
de parvenir sans tache à la postérité.
Dans mon cœur vainement votre cruelle adresse
cherche d’un vil dépit la vulgaire faiblesse,
et voudrait par la haine irriter mes soupçons ;
j’écarte ici la haine et pèse les raisons.
L’intérêt de mon sang me dit, pour le défendre,
qu’un coupable en ces lieux eût tremblé de se rendre ;
qu’adoré des soldats… je l’étais comme lui.


ROXELANE.


Comme lui, des persans imploriez-vous l’appui ?


SOLIMAN.


Des persans… lui ! Grands dieux ! … je retiens ma
colère…