Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t4.djvu/290

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ZÉANGIR.


Si vous n’aviez un fils, il serait innocent.


ROXELANE.


Le ciel me l’a donné, peut-être en sa colère.


ZÉANGIR.


Le ciel vous l’a donné… pour attendrir sa mère.
Je veux croire et je crois que, prête à l’opprimer,
contre un coupable ici vous pensez vous armer ;
et l’amour maternel que dans vous je révère
(car je combats des vœux dont la source m’est
chère),
abusant vos esprits sur moi seul arrêtés,
vous persuade encor ce que vous souhaitez ;
mais cet amour vous trompe, et peut être funeste.


ROXELANE.


Dieu ! Quel aveuglement ! Le crime est manifeste,
son père en a tenu le gage de sa main.
Zéangir, à part.
Que ne puis-je parler ?


ROXELANE.


Vous frémissez en vain.
Abandonnez un traître à son sort déplorable.
Vous l’aimiez vertueux, oubliez-le coupable.
Ou, si votre amitié lui donne quelques pleurs,
voyez du moins, voyez, à travers vos douleurs,
quel brillant avenir le destin vous présente ;
cet éclat des sultans, cette pompe imposante,
l’univers de vos lois docile adorateur,
et la gloire plus belle encor que la grandeur,
la gloire que vos vœux…