Page:Clairville et Cordier - Daphnis et Chloé, 1866.djvu/3

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Près du vieux Silène,
Toujours en chemin,
La main toujours pleine
De fleurs, de raisins !
Tous nos jours
Semblaient toujours courts ;
Les amours (bis)
En charmaient le cours.
II
Quels cris, quel vacarme,
Au bruit de l’airain,
N’ayant pour toute arme
Qu’un thyrse à la main !
Nos tyrans suprêmes
Étaient foudroyés !
Et les dieux eux-mêmes
Tombaient à nos pieds !
Tous nos jours
Semblaient toujours courts ;
Les amours (bis)
En charmaient le cours.
XANTIPPE.

Est-il bien possible ? Est-il croyable que toutes, sans nous être concertées, nous nous trouvions ici en adoration devant cette statue du plus aimé des dieux !

LOCOÉ.

N’en est-il pas le plus aimable ?

ARICIE.

Pourquoi faut-il qu’il nous ait quittées !

ÉRIPHILE.

Qu’avait-il besoin d’aller dans l’Olympe ?

AMATHÉE.

Vous oubliez que c’était la fête de Jupiter ?

NIOBÉ.

Et qu’en bon fils…

CALISTO.

Et qui sait si son départ ne nous cache pas encore quelque infidélité !

ÉRIPHILE.

Pan être infidèle à ses bacchantes !

LOCOÉ.

Pendant que nous adorons, sa statue, peut-être poursuit-il encore, jusqu’au fleuve Ladon, quelque Syrinx.

ARICIE.

Oh ! celle-là ne serait pas dangereuse ! une femme qui se métamorphose en roseau !

CALISTO. Tu oublies que c’est avec ce roseau que Pan a composé sa flûte.
ARICIE, à part.

Si Daphnis arrivait dans ce moment.

NIOBÉ.

Comment les éloigner toutes ?

CALISTO, à part.

Il faut pourtant que je reste seule… Oh ! quelle idée ! (Haut.) Chères compagnes, la matinée est superbe, si, au lieu de nous prosterner aux pieds de cette statue, nous allions adorer notre cher Pan dans le temple que nous lui avons élevé sur la montagne ?

TOUTES.

Calisto a raison.

CALISTO, à part.

Je les abandonne en route, et je reviens.

LOCOÉ, à part.

Dans un instant, je suis ici.

CHŒUR.
CALISTO.
Jeunes bacchantes,
Soyons constantes,
Le dieu Pan nous récompensera.
C’est un mérite,
Mais partons vite,
Je reviendrai quand Daphnis sera là,
CHŒUR.
Jeunes bacchantes, etc.

Scène II.

PAN, seul.

Allez, mes chéries, allez m’adorer dans mon temple, je ne m’y oppose nullement. Ça me fera même plaisir si vous allez m’adorer plus loin. (Le piédestal s’ouvre, il en sort et est remplacé par sa statue qui sort du dessous.) Par mon pied de chèvre, le métier de statue est plein de charmes… Ces chères petites, m’en ont-elles conté de ces douceurs ! Et dire que tant de constance, tant de vertu sont payées par moi de la plus noire ingratitude ! Dire que pendant que ces chères petites tigresses me croient occupé dans le ciel à souhaiter la fête à papa, je m’aventure à la poursuite d’une innocente bergerette… C’est pour elle, c’est pour la petite Chloé que j’ai pris adroitement la place de ma statue. Chloé est si timide, si farouche, qu’un rien l’épouvante. L’autre jour, quand elle m’a vu pour la première fois, elle s’est sauvée en criant : Ah ! qu’il est vilain, le dieu Pan ! Faut-il qu’elle soit innocente ! (On entend la ritournelle de l’air suivant.) Qu’entends-je ! (Il remonte.) Et que vois-je ? Chloé ! vite, dissimulons mes deux pieds de chèvre dans mon piédestal ! Eh ! mais, je ne me trompe pas, elle est avec son mouton qu’elle mange de paresses… Dire que moi aussi elle me mangerait de caresses si, au lieu d’avoir des pieds de chèvre, j’avais des pieds de mouton. (Il rentre dans son piédestal qui se referme, et la statue rentre dans le dessous.)


Scène III.

PAN, CHLOÉ, conduisant un mouton, elle porte couronne à la main.


COUPLETS.
CHLOÉ.
Suis-moi dans ma course légère,
Mon bon Robin, fidèle ami ;
Toujours aime bien la bergère
Qui ne t’aime pas à demi.
Nul mouton n’a laine plus douce,
Assurément ;
Reste là, couché sur la mousse,
Bien mollement.
Ah ! Daphnis, qui nous guette,
Entend du vallon,
Du son de ta clochette,
Le doux carillon.