Page:Claretie - Catissou, 1887-1888.djvu/4

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honteux de n’avoir pas encore pris au collet la canaille qui avait tué le père de cette enfant-là ! Alors, pour m’excuser, je tâchai de lui expliquer comme quoi ce n’était pas notre faute aussi et que nous n’avions pas de grands renseignements sur l’assassin et ci et ça ; — mais elle me regardait si carrément, là, dans les yeux, que je sentais que je m’embrouillais et que, tout à coup, je lui dis comme ça :

« — Enfin, quoi, mademoiselle, il faudrait me faire casser une patte pour vous l’arrêter, ce coquin-là, eh bien ! vrai, je risquerais une jambe ou un bras !

« Et c’était vrai ce que je disais là. Et ce n’était peut-être pas le… la… le devoir professionnel, comme on dit, qui me faisait parler… c’étaient ces satanés yeux noirs qui flambaient… qui flambaient…

« — Seulement, je dis, il faudrait un indice !

« — Un indice ?

« Et alors elle haussa les épaules :

« — Eh bien, dit-elle, et la main, est-ce que ce n’est pas un indice ?

« — La main ? Quelle main ?

« Alors voilà Catherine Coussac, — elle s’appelait Catherine, — Catissou, en patois de chez nous, — qui me raconte une histoire… l’histoire du crime… une histoire qui me fit passer, je l’avoue, un petit froid sur la peau. C’était un soir de septembre, chaud comme un jour d’été, que le pauvre bonhomme Coussac… Il avait chez lui, faubourg Montmailler, l’argent que lui avait laissé, en partant pour Guéret, M. Sabourdy, l’entrepreneur son patron… — Avec ça une dizaine de mille francs. — Coussac devait faire la paye des maçons et solder deux traites : une du plâtrier et l’autre du marchand de bois, qui tombaient trois ou quatre jours après, comme qui dirait le lundi. Et l’on était au samedi. La paye faite, le maître maçon était rentré chez lui content, avec un appétit de cheval qui a bien gagné son avoine… Il avait mangé sa béjeaude, la soupe aux choux et des gogues, — vous savez, des espèces de boudins, — et, après le repas, la grand’mère Coussac, un peu fatiguée, était montée se coucher (Mme Coussac, la mère de Catherine, avait… pris le chemin que nous prendrons tous… l’année précédente), le père Léonard et sa fille Catissou restaient seuls dans la pièce du bas, — près de l’armoire où était l’argent, — lui lisant l’Almanach limousin qui venait de paraître chez Ducourtieux, elle tricotant un bas de laine.

« Il faut vous dire que le logis de Coussac donne sur le