Page:Claudel - Le Pain dur, 1918.djvu/34

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qu’il commençait ses défrichements, et je tenais sa maison.

Maintenant mon frère est mort et d’autres devoirs m’appellent.

SICHEL — Je ne vous trouve point si belle.

LUMÎR — Assez pour me faire épouser.

SICHEL — Quels yeux! Quand vous les tenez baissés, tout est si fermé qu’on dirait que vous n’êtes plus là.

Et le plus souvent ils sont fixes et tranquilles comme ceux d’un enfant, si sérieux que Monsieur le Comte lui-même en est décontenancé.

Mais quand ils noircissent et se chargent de furie et qu’on voit l’âme là-dedans qui brûle...

Ce sont de ces yeux-là sans doute qu’il est épris

LUMÎR — Vous vous trompez. Ce ne sont pas mes yeux qu’il aime.

(Silence).

SICHEL — Lumîr, le Comte est vieux et je trouve qu’il a assez vécu.

LUMÎR — Plût au ciel que son sort et cet injuste argent fussent entre mes mains !