Page:Collins - La Femme en blanc.djvu/255

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mousseline dont ses vêtements de nuit sont garnis ne s’agitait même pas ; — je suis restée à la contempler telle que je l’ai vue mille fois, telle que je ne la reverrai plus jamais, et je suis rentrée ensuite, à la dérobée, dans ma chambre solitaire. Chère bien-aimée ! avec toute votre richesse et toute votre beauté, quel isolement est le vôtre ! que vous avez peu de vrais amis ! Le seul homme qui donnât volontiers pour vous le sang de son cœur, est bien loin, balloté pendant cette nuit d’orage sur ces vastes mers, si effrayantes pour la pensée. Lui parti, que vous reste-t-il ? Pas de père, pas de frère, — pas une créature vivante, si ce n’est cette femme, sans ressources, vainement dévouée, qui trace ces lignes plaintives et veille près de vous jusqu’au matin, plongée dans un chagrin qu’elle ne peut adoucir, dans des appréhensions qu’elle ne peut vaincre. Oh ! quel dépôt, demain, sera remis aux mains de cet homme ! Si jamais il l’oublie, si jamais il faisait tomber un cheveu de sa tête !…


« Le 22 décembre, sept heures. — Matinée d’émotions et de désordre. Elle vient de se lever, — mieux et plus calme, au moment décisif, qu’elle ne l’était hier.

« Dix heures. » — Elle est habillée. Nous nous sommes embrassées, nous nous sommes promis l’une à l’autre de ne pas perdre courage. J’ai pu m’échapper un moment, et rentrer chez moi. Dans le tourbillon confus de mes pensées, je retrouve encore cette bizarre chimère d’un obstacle quelconque venant tout à coup entraver le mariage. Et « lui », aurait-il, par hasard, quelque idée de ce genre ? je le vois, de ma fenêtre, rôdant çà et là, d’une allure agitée, parmi les équipages rangés devant la porte. — Comment puis-je écrire de telles folies ?… Le mariage est désormais certain. Nous partons pour l’église dans moins d’une demi-heure…

Onze heures. — Tout est fini. Les voilà mariés.

Trois heures. — Ils sont partis ! J’ai tant pleuré que je n’y vois plus. Impossible d’en écrire davantage…

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ici finit la première époque du récit.