Page:Collins - La Femme en blanc.djvu/85

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cette impression désolante ! Qu’elle rentre ici ! qu’elle quitte ce clair de lune lugubre !… Je vous en prie, faites-la rentrer !

— Vraiment, M. Hartright, vous m’étonnez ! Quelle que puisse être la faiblesse féminine, je croyais que les hommes, au xixe siècle, étaient au-dessus de toute superstition.

— Je vous en supplie, faites-la rentrer !

— Chut ! chut !… Elle revient d’elle-même ! Ne dites rien devant elle !… Que la découverte de cette ressemblance demeure un secret entre vous et moi… Revenez, Laura ; venez réveiller mistress Vesey avec quelques bons accords plaqués !… M. Hartrigth réclame un peu plus de musique, et il la veut, cette fois, aussi légère, aussi gaie que possible…




IX


Ainsi finit, remplie d’incidents, ma première journée à Limmeridge-House.

Nous gardâmes notre secret, miss Halcombe et moi. À partir de la découverte que nous venions de faire, aucune lumière nouvelle ne semblait devoir nous aider à pénétrer le mystère de la Femme en blanc. À la première occasion qui s’offrit de traiter, sans inconvénients, ces sujets délicats, miss Halcombe, avec mille précautions, amena sa sœur à parler de leur mère, de ce qui s’était passé jadis, d’Anne Catherick. Les souvenirs que miss Fairlie avait gardés de la petite écolière de Limmeridge n’avaient rien, au reste, que de très-vague et de très-général. Elle se rappelait sa ressemblance avec la jeune protégée de sa mère, comme un phénomène que jadis on avait cru exister ; mais elle ne fit aucune allusion ni aux vêtements blancs dont Anne avait été gratifiée, ni au singulier serment par lequel l’innocente enfant avait essayé de témoigner sa reconnaissance.