Page:Conrad - Gaspar Ruiz, trad. Néel.djvu/163

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du Salut. C’est un îlot rocheux et verdoyant, avec des ravins, des buissons, des fourrés, des massifs de manguiers, et des bouquets de palmiers aériens. Six-gardiens armés de revolvers et de carabines sont préposés à la garde des forçats.

Une chaloupe à huit rameurs assure pendant le jour, à travers un bras de mer de quatre à cinq cents mètres, les communications avec l’Ile Royale, où se tient un poste militaire. Elle fait son premier voyage à six heures du matin. À quatre heures, le service est fini, et on l’amarre à une petite jetée de l’Ile Royale. Une sentinelle veille sur la chaloupe et d’autres petits canots. Depuis cette heure-là jusqu’au lendemain matin, l’Ile Saint-Joseph est séparée du reste du monde : les gardiens patrouillent à tour de rôle sur le sentier qui va de la maison de garde aux baraques des forçats, et autour de l’île, une multitude de requins font le guet dans la mer.

C’est dans ces conditions que les forçats projetèrent une révolte. On n’avait encore jamais rêvé rien de pareil au pénitencier. Pourtant leur plan pouvait avoir quelques chances de succès. Les gardiens devaient être assaillis à l’improviste et expédiés pendant la nuit. Avec leurs armes, les forçats pourraient tuer les rameurs de la chaloupe, à leur premier voyage du matin. Cette barque une fois en leur possession, il leur serait facile de se saisir d’autres bateaux, et toute la bande s’en irait le long de la côte.

À la nuit tombante, les deux gardiens de service firent l’appel de rigueur, puis procédèrent à l’inspection des baraques pour s’assurer que tout était en ordre. Dans la seconde où ils entrèrent, ils furent attaqués, et littéralement étouffés sous le nombre des assaillants. L’ombre descendait rapidement. On était en période de nouvelle lune, et un gros nuage noir étalé sur la côte ajoutait encore à l’épaisseur des ténèbres.