Page:Conrad - Gaspar Ruiz, trad. Néel.djvu/87

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L’INDICATEUR


Annoncé par une lettre d’introduction d’un de mes amis parisiens, M. X... vint me voir pour admirer ma collection de bronzes et de porcelaines de Chine.

Mon ami parisien est collectionneur aussi. Il ne collectionne pourtant ni porcelaines, ni bronzes, ni tableaux, ni médailles, ni timbres, ni objets d’aucune sorte que puisse disperser avec profit le marteau d’un commissaire priseur. Il se récrierait de sincère surprise, devant ce titre de collectionneur. Il ne l’est pas moins par tempérament. Il collectionne des connaissances. Tâche délicate à laquelle il apporte la patience, la passion, la décision d’un vrai collectionneur de curiosités. Sa collection ne comporte aucun personnage royal. Je ne crois pas qu’il les juge assez rares ou assez intéressants — mais, à cette exception près, il a rencontré et connu tout ce qui vaut ici-bas la peine de l’être, à titre quelconque. Il observe les gens, les écoute, les pénètre, les jauge, et dispose leur souvenir sur les rayons de sa mémoire. Il a machiné, combiné et parcouru toute l’Europe, pour enrichir sa collection de célébrités et de connaissances personnelles.

Grâce à sa fortune, à ses relations et à son absence de préjugés, sa collection est assez complète, et comprend des objets, (ou faut-il dire des sujets), dont la