Page:Corneille, Pierre - Œuvres, Marty-Laveaux, 1862, tome 4.djvu/459

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C’est par là que l’un d’eux obtient la préférence ;
Je crois voir l’autre encore avec indifférence,
Mais cette indifférence est une aversion,
Lorsque je la compare avec ma passion.
Etrange effet d’amour ! Incroyable chimère !
Je voudrois être à lui si je n’aimois son frère,
Et le plus grand des maux toutefois que je crains,
C’est que mon triste sort me livre entre ses mains.

Laonice

Ne pourrai-je servir une si belle flamme ?

Rodogune

Ne crois pas en tirer le secret de mon âme.
Quelque époux que le ciel veuille me destiner[1],
C’est à lui pleinement que je veux me donner[2].
De celui que je crains, si je suis le partage[3],
Je saurai l’accepter avec même visage ;
L’hymen me le rendra précieux à son tour,
Et le devoir fera ce qu’auroit fait l’amour,
Sans crainte qu’on reproche à mon humeur forcée
Qu’un autre qu’un mari règne sur ma pensée[4].

Laonice

Vous craignez que ma foi vous l’ose reprocher ?

Rodogune

Que ne puis-je à moi-même aussi bien le cacher !

Laonice

Quoi que vous me cachiez, aisément je devine,
Et, pour vous dire enfin ce que je m’imagine,
Le prince…

Rodogune

Garde-toi de nommer mon vainqueur :

  1. Var. Quelque époux que le ciel me veuille destiner. (1647-56)
  2. Var. C’est à lui pleinement que je me veux donner. (1647-54 et 56)
  3. Var. Et si du malheureux je deviens le partage. (1647-56)
  4. Var. Qu’un autre qu’un mari règne dans ma pensée. (1647-56)