Page:Corneille - Marty-Laveaux 1910 tome 1.djvu/318

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



PHILANDRE.


Je t’en réponds._Souvent un visage moqueur
N’a que le beau semblant d’une mine hypocrite.


TIRCIS.


Je ne crains rien de tel du côté de Mélite 187.


PHILANDRE.


Écoute, j’en ai vu de toutes les façons :
J’en ai vu qui sembloient n’être que des glaçons,
Dont le feu, retenu par une adroite feinte 188,
S’allumoit d’autant plus qu’il souffroit de contrainte ;
J’en ai vu, mais beaucoup, qui sous le faux appas
Des preuves d’un amour qui ne les touchoit pas,
Prenoient du passe-temps d’une folle jeunesse
Qui se laisse affiner à 189 ces traits de souplesse,
Et pratiquoient sous main d’autres affections ;
Mais j’en ai vu fort peu de qui les passions
Fussent d’intelligence avec tout le visage 190.


TIRCIS.


Et de ce petit nombre est celle qui m’engage :
De sa possession je me tiens aussi seur 191
Que tu te peux tenir de celle de ma sœur.


PHILANDRE.


Donc, si ton espérance à la lin n’est déçue 192.
Ces deux amours auront une pareille issue.


TIRCIS.


Si cela n’arrivoit, je me tromperois fort.


187. Var. Je ne crains pas cela du coté de Mélite. (1633-57)

188. Var. Dont le feu, gourmandé par une adroite feinte. (1633)

189. Qui se laisse prendre à… tromper par…

190. Var. Fussent d’intelligence avecque le visage. (1633-60)

191. Peut-être cette prononciation était-elle en usage lorsque la pièce fut représentée pour la première fois, mais elle était certainement abandonnée lorsque Corneille publiait les dernières éditions de son théâtre. Voyez le Lexique.

192. Var. Doncques, si ta raison ne se trouve déçue. (1633-57)