Page:Corneille - Marty-Laveaux 1910 tome 1.djvu/323

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Un si cruel affront se répare soudain :
Il faut que pour tous deux ta tête me réponde.


PHILANDRE.


Si pour te voir trompé tu te déplais au monde,
Cherche en ce désespoir qui t’en veuille arracher ;
Quant à moi, ton trépas me coûteroit trop cher 208.


TIRCIS.


Quoi ! tu crains le duel ?


PHILANDRE.


Quoi ! tu crains le duel ?_Non ; mais j’en crains la suite,
Où la mort du vaincu met le vainqueur en fuite,
Et du plus beau succès le dangereux éclat
Nous fait perdre l’objet et le prix du combat.


TIRCIS.


Tant de raisonnement et si peu de courage
Sont de tes lâchetés le digne témoignage.
Viens, ou dis que ton sang n’oseroit s’exposer.


PHILANDRE.


Mon sang n’est plus à moi ; je n’en puis disposer.
Mais puisque ta douleur de mes raisons s’irrite,
J’en prendrai dès ce soir le congé de Mélite.
Adieu.


208. Var. [Quant à moi, ton trépas me coûteroit trop cher :]
Il me faudroit après, par une prompte fuite,
Éloigner trop longtemps les beaux yeux de Mélite.
tirs. Ce discours de bouffon ne me satisfait pas :
Nous sommes seuls ici ; dépêchons, pourpoint bas y.
phil. Vivons plutôt amis, et parlons d’autre chose.
tirs. Tu n’oserois, je pense, phil. Il est tout vrai, je n’ose
Ni mon sang ni ma vie en péril exposer.
Ils ne sont plus à moi : je n’en puis disposer.
Adieu : celle qui veut qu’à présent je la serve
Mérite que pour elle ainsi je me conserve.

SCÈNE III.

TIRSIS.

Quoi! tu t’enfuis, perfide, et ta légèreté. (1633-57)

y. Voyez p. 161, note 4.