Page:Corneille - Marty-Laveaux 1910 tome 1.djvu/339

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MÉLITE.


Tu le places 258 au rang qui n’est dû qu’au mérite.


LA NOURRICE.


On a trop de mérite étant riche à ce point.


MÉLITE.


Les biens en donnent-ils à ceux qui n’en ont point ?


LA NOURRICE.


Oui, ce n’est que par là qu’on est considérable.


MÉLITE.


Mais ce n’est que par là qu’on devient méprisable :
Un homme dont les biens font toutes les vertus
Ne peut être estimé que des cœurs abattus.


LA NOURRICE.


Est-il quelques défauts que les biens ne réparent ?


MÉLITE.


Mais plutôt en est-il où les biens ne préparent ?
Étant riche, on méprise assez communément
Des belles qualités le solide ornement,
Et d’un luxe honteux la richesse suivie 259
Souvent par l’abondance aux vices nous convie.


LA NOURRICE.


Enfin je reconnois…


MÉLITE.


Enfin je reconnois…_Qu’avec tout ce grand bien 260
Un jaloux sur mon cœur n’obtiendra jamais rien.


LA NOURRICE.


Et que d’un cajoleur la nouvelle conquête
T’imprime, à mon regret, ces erreurs dans la tête.
Si ta mère le sait…


258. On lit dans l’édition de 1633 : tu te places, pour tu le places ; mais c’est évidemment une faute d’impression.

259. L’édition de 1633 porte, mais ce doit être aussi une faute :
Et d’un riche honteux la richesse suivie.

260. Var. Enfin je reconnois…_Qu’avecque tout son bien
Un jaloux dessus moi n’obtiendra jamais rien. (1633-60)