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ACTE V, SCENE VII 295
Vos mains seules ont droit de vaincre un invincible;
Prenez une vengeance à tout autre impossible.
Mais, du moins, que ma mort suffise à me punir; 1795
Ne me bannissez point de votre souvenir;
Et, puisque mon trépas conserve votre gloire,
Pour vous en revancher conservez ma mémoire,
Et dites quelquefois, en déplorant mon sort :
« S'il ne m'avait aimée, il ne serait pas mort. » 1809
CHIHÈNE.
Relève-toi, Rodrigue. 11 faut l'avouer, Sire,
Je vous en ai trop dit pour m'en pouvoir dédire.
Rodrigue a des vertus que je ne puis haïr;
Et quand un roi commande, on lui doit obéir.
Mais à quoi que déjà vous m'ayez condamnée, 1805
Pourrez- vous à vos veux souffrir cet hyménée?
Et quand de mon devoir vous voulez cet effort,
Toute votre justice en est-elle d'accord?
1793. Rodrigue parle trop ici en matamore. L'élan à'orrueiitenx enthousiasme aTant le combat était naturel et même émouyant; après le combat, on voudrait que le vainqueur fît sonner moins haut sa victoire et prît moins à tâche ue fain comprendre à Chimène ce qu'elle perdrait en le perdant.
1798. Pour vout en revancher, pour en prendre votre revanche.
Pourv«ut enreeancAer dois-je moins qoe mon cosar ?
(Suite du Menteur, IVA.)
M. Littré cite des exemples de ce mot pris chez Pascal, La Fontaine, Saint-Simon et même Vauvenargues. Voltaire écrivait pourtant : « Le mot revancher est devenu bas ; on dirait aujourd'hui : pour vous en récompenser. » Étranges vicissi- tudes de la langue I se récompenser d'une chose, pour s'en dédommager, a ig»r lement vieilli.
1799. y<tr. Et dites quelquefois, en songeant à mon sort (1637-60.)
• 1802. Yar. Mon amonr a paru, je ne m'en puis dédire. (1637-B6.) Je voQs en ai trop dit ponr oser m'en dédire. (1660.)
1804. Var. Et VOQS êtes mon roi, je dois vons obéir. (1637-16.)
1806. Var. Sire, quelle apparence, & ce triste hyménée,
Qn'an même jour commence et finisf^e mon deoil.
Mette en mon lit Rodrigne et mon père an cereneilT
C'est trop d'intelligence avec son homicide.
Vers «es mânes sacrés c'est me rendre perflde
Et soailler mon honneur d'an reproche éternel. (1637-56.)
Ces vers embarrassants à force d'être vrais rendaient tout dénouement impos «ible; CorneUle a compris qu'il devait prêter à Chimène un langage moins absolu.
1806. Il semble étrange qu'on dise d'une chose au singulier qu'elle est d'ac- cord ; on trouve pourtant plusieurs exemples de cette locution chez Corneille el ailleurs:
Mon affaire est d'accord, et la chose vant faite. {Menteur. 746.)
M. littré remaroue qu'on dit bien, comme Molière, dans le Mariage forci.. « Tout est d'accord, » et que eett« façon très commune de parler sufQt à justi6«9 Corneille.
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