Page:Corneille Théâtre Hémon tome2.djvu/39

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INTRODUCTION S3

écrire à l 'uii de ses amis ces mots si fiers et si célèbres : « Horace fut condamné par les duumvirs, mais il fut absous par le peuple. « •

Quels étaient ces duumvirs? Le nom de l'un des deux semble devoir rester à tout jamais inconnu; car les recherches des érudits sur ce point ont été vaines. Dans sa Lellre apolo- gétique, vive réponse aux Obscrvalions sur le Cid de Scudéry, Corneille s'était déjà défendu de vouloir offenser « une per- sonne de haute condition » dont il n'avait pas, ajoutait-il, l'honneur d'être connu. 11 ne saurait donc être question de Richelieu, que connaissait trop bien Corneille, et que Pcllisson, aussi discret, distingue expressément d'avec « une autre per- sonne de grande qualité' », à qui Corneille attribuait, aussi bien qu'au cardinal, les persécutions dirigées contre le Cid. Mais le cardinal lui-même, comment accueillit-il Horace? Pcllisson écrit ailleurs : « 11 courut un bruit qu'on ferait encore des observations et un nouveau jugement sur cette pièce. » Est-ce la flère attitude de Corneille qui découragea les critiques? ou plutôt n'est-ce pas pour les contraindre au silence qu'il dédia sa pièce au cardinal de Richelieu, dont il oublie les injustes tracasseries pour ne se rappeler que les « bienfaits? » Assurément il exagère la reconnaissance quand il reconnaît devoir à son redoutable protecteur tout ce qu'il est, et la modestie, quand il lui présente timidement sa Muse comme une « Muse de province «. Mais cette dédicace, moins gauchement flatteuse que celle de Cinna au financier Monto- ron^, — car le nom de Richelieu soutient les plus fastueux éloges, — peut sembler autre chose qu'une manœuvre habile, et Corneille a pu être à demi sincère dans l'expression de sa gratitude. C'est à tort, en effet, que souvent l'on se représente comme l'implacable ennemi du poète le cardinal qui lui fai- sait une pension de cinq cents écus ^. La vérité sur le rôle de Richelieu, tour à tour persécuteur et protecteur de Corneille, on la trouve, un peu sèchement exprimée, il est vrai, dans les vers écrits par Corneille après la mort de ce grand politique qui fut un médiocre littérateur :

Il m a fait trop de bien pour en dire du mal ; Il m'a fait trop de mal pour en dire du bien.

1. Histoire de l'Académie française,

2. Voir clans notre édition de Cinna la notice sur cette dédicace trop fameuse.

3. Ajoutez que Corneille s'était soumis, s'il est vrai qu'il ait écrit, dans une lettre remise à Richelieu par Boisrobert : « Je suis un peu plus de ce monda qu'Héliodore, qui aima mieux perdre son évêché que son livre, et j'aime mieux Iffi bonnes grâces de mon maître que toutes les réputations de U terre. »

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