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4CTE I, SCÈNE III 83
Dit-il, 'jt quel démj.n nous fait venir aux mains ?
Souffrons que la raison éclaire enfin nos âmes.
Nous sommes vos voisins, nos lilles sont vos femmes,
Et l'hymen nous a joints par tant et tant de nœuds.
Qu'il est peu de nos fils qui ne soient vos neveux, 290
Nous ne sommes qu'un sang et qu'un peuple en deux villes;
Pourquoi nous dé'cliirer par des guerres civiles,
Où la mort des vaincus affaiblit les vainqueurs,
Et le plus beau triomphe est arrosé de pleurs?
Nos ennemis communs attendent avec joie 295
Qu'un des partis défaits leur donne l'autre en proie,
Lassé, demi-rompu, vainqueur, mais, pour tout fruit,
Déiiué d'un secours par lui-même détruit.
Ils ont assez longtemps joui de nos divorces;
Contre eux dorénavant joignons toutes nos forces, 300
Et noyons dans l'oubli ces petits différends
Qui de si bons guerriers font de mauvais parents.
Que si l'ambition de commander aux autres
��l'éloquente rapidité de son discours, c'est là qu'on reconnaît le grand Corneille.
Il n'y a que tant et tant de nœuds à reprendre. » (Voltaire.)
286. M. Littré cite un grand nombre de passages des meilleurs auteurs où démon est pris pour : la cause de l'inspiration, des impulsions bonnes ou mauvaises :
Quel démon vous irrite et vous porte à médire ? (Boileau, Satire IX.)
Celui qu'nn vrai (Zémon pousse, enflamme, domine,
Ignore un tel supplice; il pense, il imagine. (André Chénier.)
On disait, et l'on peut dire encore : le démon des combats, du jeu, etc. Dans l'ode qui précède Hercule mourant, Rotrou appelle Richelieu <i grand démon de la France ».
290. Neveux, sens très usité au xvii" siècle, du latin nepotes.
292. Sur cette fraternité des cités latines, voir l'Introduction.
297. Rompu a ici le sens de défait, mis en déroute. « Un soldat romain devait ou vaincre ou mourir : par cette maxime, les armées romaines, quoique défaites nu rompues, combattaient et se ralliaient jusqu'à la dernière eitrémité. » (Bossuet, Discours sur l'histoire universelle, 111.)
299. i( Ce mut de divorces, s'il ne signifiait que des querelles, serait impropre ; mais ici il dénote les querelles de deui peuples unis, et par là, il est juste, nouveau et excellent. » (Voltaire.) Divorce (divbrtiiim, diverterej se dit en elfet proprement des dissensijns entre parents, et, par extension, entre amis :
Je sais quelle amertume aigrit île tels divorces. (Héracliua, 82B.)
L'hymon on je prétends ne peut trouver d'amoroes
An milieu d'une ville ou régnent les divorces. {Scrlorius, IV, i.)
CorueUle emploie même ce mot dans le sens de trouble moral ;
Tu mets dans tous mes sens le trouble et le divorce. (Toison d'or, II, 3.)
301. « Différens, telle est la forme du mot {ans pour ents) dans les éditions originales. L'orthographe différend paraît en 1680 dans le dictionnaire de Richelet ; mais Furctière en 1090 et l'Académie jusqu'en 1762 écrivaient un différent, des différents. » (M. Marty-Lavcaui.)
303. Que si, quod si, latinisme fort usité au xvii* siècle.
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