Page:Croiset - Histoire de la littérature grecque, t1.djvu/341

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gue des parties anciennes du poème par les mêmes caractères que nous venons déjà de signaler. Là aussi Ulysse raconte ce qu’il ne peut savoir, et là aussi le poète se contente d’amuser son public sans aucun scrupule de vraisemblance. L’intervention des dieux est pour lui un simple procédé qui le dispense d’invention 1. Les incidents, les détails curieux, tels que la description des quatre servantes de Circé (v. 348 et suiv.) ou la métamorphose des compagnons d’Ulysse (v. 391 et suiv.), remplissent presque tout le récit, aux dépens du véritable intérêt dramatique, qui est très faible. Nulle étude profonde de sentiments, ni chez Circé, qui reste si inférieure à Calypso, ni chez Ulysse. Il y a plus : l'oubli du vrai caractère du héros est manifeste. Tandis que l’auteur du cinquième livre nous le montrait chez Calypso uniquement préoccupé de son retour, ce qui est la donnée essentielle du poème, celui du dixième livre nous le fait voir endormi dans le bien-être et ne songeant au départ que sur les instances pressantes de ses compagnons (v. 407 et suiv.). C’est avec la même indifférence à l’égard des vraisemblances et de la partie morale du sujet que le poète invente l’épisode final, où Circé fait savoir à Ulysse qu’il doit se rendre chez les morts pour consulter Tirésias. Aucune raison valable n’est alléguée à l’appui de cet ordre qu’Ulysse accepte en gémissant, mais sans la moindre discussion. Il est trop clair que le poète se propose ici tout simplement de rattacher son propre récit à un autre récit antérieur, celui du

d’une baguette merveilleuse, ce qui constitue proprement la magie. De là l'épithète de TcoXu^apfjiaxoc (X, 276) qui est caractéristique.

1. Rôle inutile d’Hermès, v. 278 et suiv. Notez surtout les vers 305-306. — Merveilleux inutile et tout artificiel, v. 570-574.