Page:Croiset - Histoire de la littérature grecque, t1.djvu/429

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données anciennes et légendaires y a maintenu au fond une sorte de contradiction que l’art du poète dissimule le plus souvent, mais ne supprime pas.

Les autres personnages de femmes dans l'Odyssée sont épisodiques. Nous ne dirons qu’un mot de Calypso et de Circé, qui ont à peine droit de figurer dans ce groupe, étant immortelles. Calypso, au cinquième livre, apparaît plus comme femme que comme déesse ; le caractère est esquissé avec franchise et netteté : il y a quelques traits de passion fortement indiqués : mais ni la marche de l’action, ni peut-être les habitudes morales du temps n’ont permis au poète de les développer. Circé est fort inférieure à Calypso : il n’y a en elle ni passion, ni même, à vrai dire, aucune ébauche de caractère; elle est magicienne, et son rôle par suite appartient plus à la fantaisie poétique qu’à l’observation morale.

Arété, Hélène et Nausicaa nous attirent bien davantage. Arété, la femme d’Alkinoos, n’est guère qu’entrevue dans le poème. Il est possible que certaines retouches aient diminué son rôle. Toujours est-il que dans son développement actuel, il ne répond pas complètement aux promesses du poète. Arété nous est présentée comme toute puissante sur l’es- prit de son mari et sur celui des chefs du peuple : il semble qu’elle exerce comme une royauté morale à Skhérie. Nous la voyons, dans un passage célèbre, assise à son foyer et filant la laine, tandis que les convives se livrent dans la môme salle à la joie du festin. C’est elle qui accueille Ulysse suppliant et qui l’interroge ; mais son rôle se borne là. Nous ne retenons d’elle qu’une image gracieuse et noble, qui reste dans l’esprit comme un des beaux souvenirs du poème.

Hélène est une des meilleures créations de la