Page:De l'État des nègres relativement à la prospérité des colonies françaises et de leur métropole Discours aux représentants de la nation, 1789.djvu/18

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suites funestes & inévitables, (si nous ny portions remède par nous-mêmes) nous arrivoient, ils seroient, sans doute, les premiers à demander vengeance des maux qui nous auroient été faits, & auxquels il n’y auroit malheureusement plus de remède.

Mais, Messieurs, supposons pour un moment qu’il fut possible aux douze cent Représentans de la première Nation de l’Europe, de mettre de coté la considération de la vie, de l’existence de cent mille Français répandus dans toutes les Colonies ; supposons même avec un membre de la société des amis des noirs, que je nommerai, si on l’exige, supposons qu’il fût bon en principes d’humanité, que cinq ou six cent mille créatures noires égorgeassent cent mille Français qui seroient leurs maîtres ; supposons encore qu’il fût possible de croire que ces cent mille créatures Françaises se laissassent égorger comme des agneaux par des créatures Africaines, & que l’homme de l’Amérique, qui n’a pas la réputation d’être sans courage, se laissât porter le poignard dans le cœur par la main du Nègre qu’il a vu naître, qu’il a nourri, sans se défendre.

Dans cet état de choses, Messieurs, quel seroit le sort de la France ?

Le voici : Elle perdroit deux milliards de son numéraire en dix années.

Elle seroit forcée de se servir, ainsi que la Suède ; d’une monnoie de cuivre.