Page:Descartes - Œuvres, éd. Adam et Tannery, IX.djvu/139

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•43-145. Secondes Réponses. i i }

Mais dans les chofes qui ne peuuent pas eftre ainli expliquées, à fçauoir, dans nos iugemens tres-clairs & tres-exads, lefquels, s'ils jeftoient faux, ne pouroient eftre corrigez par d'autres plus clairs, ny par l'ayde d'aucune autre faculté naturelle, ie fouftiens hardi- ment que nous ne pouuons eftre trompez. Car Dieu eftant le fouue- rain eftre, il faut neceftairement qu'il foit auffl le fouuerain bien (S: la fouueraine vérité, & partant il répugne que quelque chofe vienne de luy, qui tende pofitiuement à la faufl"eté. Mais puifqu'il ne peut y auoir rien en nous de réel, qui ne nous ait efté donné par luy (comme il a efté démontré en prouuant fon exiftence), & puifque nous auons en nous vne faculté réelle pour connoiftre le vray & le diftinguer d'auec le faux (comme on peut prouuer de cela feul que nous auons en nous les idées du vray & du faux), fi cette faculté ne tendoit au vray, au moins lorique nous nous en feruons comme il faut {c'eû à dire lorfque nous ne donnons noftre confentement qu'aux chofes que nous conceuons clairement & diftindement, car on ne peut pas feindre vn autre bon vfage de cette faculté), ce ne feroit pas fans raifon que Dieu, qui nous l'a donnée, feroit tenu pour vn trompeur.

Et ainfi vous voyez qu'après auoir connu que Dieu exifte, il eft necelîaire de feindre qu'il foit trompeur, fi nous voulons réuoquer en doute les chofes que nous conceuons clairement & diftinde- ment ; & | parce que cela ne fe peut pas mefme feindre, il faut i87 neceft"airement admettre ces chofes comme tres-vrayes & tres- aflurées.

Mais d'autant que ie remarque icy que vous vous arreftez encore aux doutes que i'ay propofez dans ma première Méditation, &. que ie penfois auoir leuez allez exadement dans les fuiuantes, i'expli- queray icy derechef le fondement fur lequel il me fcmble que toute la certitude humaine peut eftre apuyée.

Premièrement, auftitoft que nous penlbns conceuoir clairement quelque vérité, nous l'ommes naturellement portez à la croire. Et li cette croyance eft fi forte que nous ne puidions jamais auoir aucune raifon de douter de ce que nous croyons de la forte, il n'y a rien A rechercher dauantage : nous auons touchant cela toute la certitude qui fe peut raifonnablement | fouhaiter.

Car que nous importe, fi peut-eftre tiuelqu'vn feint que cela mefme, de la vérité duquel nous foninies li fortement perl'uadez, paroiil faux aux yeux de Dieu ou des Anges, & que partant, abfo- lument parlant, il efl faux r Qu'auons nous à faire de nous n;eure en peine de cette fauH'eté ablblue, puifque nous ne la croyons point Œuvres. IV. i5

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