Page:Descartes - Œuvres, éd. Adam et Tannery, XII.djvu/602

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son développement. Mais vienne le jour où la science moderne prendra confiance en elle-même, et prétendra se suffire, fière de toutes ses découvertes qui sont en même temps des bienfaits pour l’humanité, elle rejettera comme inutile ce fondement ou ce support qui lui fut un instant nécessaire : tel un édifice qu’on débarrasse enfin de son échafaudage. Sans doute Descartes eût reculé devant cette conséquence, lui qui estimait que même un géomètre, pour être certain de la géométrie, avait besoin de croire en la véracité de Dieu. Il n’en a pas moins été l’un des auteurs de l’émancipation définitive de la science, choisissant la première de toutes, la mathématique, pour lui donner, d’un vigoureux élan, une extension inimitée, et pour faire marcher à sa suite, afin qu’elle bénéficiât d’une certitude égale, toute la physique ou la science de la nature. Là-dessus l’épitaphe composée par Chanut, son intime ami et le Confident de ses dernières pensées, est singulièrement révélatrice. En quelques traits précis, il note une seule chose comme caractéristique : le philosophe n’avait pas en vue la théologie ni la philosophie même, mais l’étude de la nature; il pensait que la même clé qui le faisait pénétrer dans le secret des mathématiques, lui servirait aussi pour ceux de la physique, et que, grâce aux principes instaurés par lui, désormais la voie était ouverte aux mortels jusque dans les profondeurs les plus mystérieuses de l’univers".

En attendant. Descartes donna à ses contemporains, dès sa première publication en lôSy, et même avant, à ceux qui purent approcher de lui, l’impression d’un esprit tout à fait supérieur. 11 dominait les doctrines des anciens, dont quelques parties essentielles reparaissent dans sa philosophie, mais. avec un caractère et un esprit nouveau; il dominait également les

a. « ...Natura; myfteria componens cum Icj^ibus Mathefeos, vtriufque » arcana eàdem clàvi referari pofTc aulus ell fperare. . . Po(l inftauratam » à fundamentis Philofophiam, apertam ad penetraiia Naturae Morta- » libus viam reliquit. » Voir ci-aprcs, Appendice ix.