Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 1.djvu/160

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Saignant, dans un abîme d’explications ineptes où il allait s’enfoncer, sans son remorqueur fidèle. Pancks lui jeta immédiatement la perche de sauvetage.

« La cour du Cœur-Saignant, dit Pancks ronflant et pouffant. C’est une propriété qui vous donne beaucoup de peine. Elle n’est pas d’un mauvais rapport, mais les loyers sont difficiles à faire rentrer. Vous avez plus d’ennuis avec cette propriété-là qu’avec toutes vos autres propriétés réunies. »

De même que le grand navire passe, aux yeux des spectateurs inexpérimentés, pour celui qui possède en soi la puissance motrice, de même le patriarche avait presque toujours l’air d’avoir dit lui-même ce que Pancks venait de dire pour lui.

« En vérité ? fit Clennam, sur qui l’aspect de cette tête vénérable produisit si bien son effet habituel, qu’il adressa la parole au grand navire au lieu de répondre au remorqueur. Les gens qui l’habitent sont donc bien pauvres ?

— On ne sait jamais, vous savez, ronfla Pancks, tirant de sa poche gris de fer une de ses sales mains afin de mordre ses ongles, s’il en restait, et tournant ses yeux de jais vers M. Casby ; on ne sait jamais s’ils sont pauvres ou non. Ils le disent, mais qu’est-ce que cela prouve ? Quand vous entendez un homme dire qu’il est riche, vous pouvez parier à coup sûr qu’il ne l’est pas. D’ailleurs, s’ils sont pauvres, ce n’est pas votre faute. Vous aussi vous seriez pauvre, si vous ne touchiez pas vos loyers.

— Évidemment, remarqua Arthur.

— Vous n’êtes pas tenu de loger tous les pauvres de Londres, poursuivit Pancks. Rien ne vous oblige à les héberger gratis. Vous n’êtes pas tenu de leur ouvrir vos portes à deux battants et de leur fournir des appartements gratis. Et, tant que vous pourrez faire autrement, vous ne leur en fournirez pas à ce prix-là. »

M. Casby secoua la tête pour exprimer, d’une manière générale, une dénégation calme et bénévole.

« Qu’un individu vienne vous louer une chambre à trois shillings par semaine, si au bout de la semaine il n’a pas les trois shillings, vous dites à cet individu : « Alors pourquoi prenez-vous la chambre ? Puisque vous avez l’un, pourquoi n’avez-vous pas l’autre ? Qu’est-ce que vous faites donc de votre argent ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’entendez-vous par là ? » Voilà ce que vous dites à un individu de cette espèce ; et, si vous lui parliez autrement, vous auriez bien tort ! »

Ici M. Pancks fit un bruit singulier et surprenant, une espèce de ronflement violent dans la région du nez ; heureusement sans autre effet que ce résultat acoustique.

« Vous possédez une certaine étendue de propriétés de ce genre à l’ouest et au nord-ouest de votre maison, je crois ? dit Clennam, ne sachant pas trop s’il devait adresser la parole au patriarche ou à Pancks.

— Oh oui, pas mal, dit Pancks. Ouest ou nord-ouest, cela vous