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LA PETITE DORRIT

et de damner dans l’autre. Il annonça donc qu’il préférait loger à l’hôtel où il avait laissé ses bagages. Comme M. Flintwinch était ravi de se débarrasser de lui, et que Mme Clennam n’en était pas fâchée, ne s’occupant que dans un but d’économie des arrangements domestiques qui n’étaient pas bornés par les murs de sa propre chambre, Arthur n’eut pas de peine à opérer ce changement de domicile sans soulever de nouvelles colère. Il fut convenu que Mme Clennam, M. Flintwinch et lui, se réuniraient chaque jour et consacreraient certaines heures à la vérification indispensable de divers livres de comptes et de divers papiers ; il quitta le foyer natal qu’il venait de retrouver après tant d’années : il avait le cœur bien serré.

Et la petite Dorrit ?

Pendant deux semaines environ on s’occupa des affaires en question, depuis dix heures jusqu’à six heures, déduction faite des intervalles de repos pendant lesquels la malade suivait fidèlement son régime d’huîtres et de perdrix, et dont Arthur Clennam profitait pour faire une promenade. Quelquefois la petite Dorrit était là, occupée à quelque travail d’aiguille ; quelquefois elle n’y était pas ; d’autres fois elle se présentait en qualité d’humble visiteuse, et c’est sans doute à ce titre qu’elle était venue le dimanche du retour d’Arthur. La curiosité qu’elle avait tout d’abord inspirée à M. Clennam augmenta de jour en jour, à force de la voir, de la regarder et d’y penser. Sous l’influence de la préoccupation plus sérieuse qui finit par devenir comme une idée fixe, il prit même l’habitude de discuter en lui-même la question de savoir s’il n’était pas possible que la petite Dorrit se trouvât mêlée d’une façon quelconque à ses sujets de scrupules. Bref, il résolut à la fin de la suivre et de prendre des informations sur son compte.






CHAPITRE VI.

Le père de la Maréchaussée.


Il y a trente ans, à quelques portes en deçà de l’église Saint-Georges, commune de Southwark, à gauche de la rue en allant bien vers le sud, s’élevait la prison de la Maréchaussée[1]. Il y avait des années qu’elle était là, et elle y est restée quelques années après cette époque ; mais aujourd’hui elle a disparu, et le monde n’en va pas plus mal pour cela.

C’était un corps de bâtiments oblong, une espèce de caserne di-

  1. Prison pour dettes.