Page:Dickens - Nicolas Nickleby, trad. La Bédollière, 1840.djvu/102

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du vieillard. Il crut voir la figure de son frère mort, avec le regard qu’il avait dans les chagrins passagers de son enfance, et les circonstances les plus minutieuses de cette enfance se présentèrent en foule à son esprit, aussi nettement qu’une œuvre de la veille.

Ralph Nickleby, qui était à l’épreuve de tous les appels du sang et de la parenté, qui était cuirassé contre tous les chagrins et tous les malheurs, rentra en chancelant, comme un homme qui a vu un esprit revenir de quelque monde au-delà du tombeau.


CHAPITRE XV.

Le lendemain du dîner, le lundi matin, la petite miss la Creevy trottinait par les rues, chargée d’une importante commission. Elle avait à informer madame Mantalini que miss Nickleby était trop indisposée pour se rendre à l’atelier, mais qu’elle espérait reprendre ses occupations le jour suivant.

Ayant appris que l’autorité supérieure n’était pas encore levée, elle demanda une entrevue avec la première demoiselle ; et miss Knags se présenta.

— Quant à moi, dit miss Knags lorsqu’on lui eut rendu le message enjolivé de périphrases, je dispenserais fort bien miss Nickleby de ses services. — Vraiment, Madame ! répondit miss la Creevy gravement offensée ; mais vous n’êtes pas la maîtresse, ainsi donc votre manière de voir est peu importante. — Très-bien, Madame, avez-vous d’autres ordres à me donner ? — Je n’en ai point, Madame. — Alors, bonjour, Madame. — Je vous salue, Madame ; et je vous ai mille obligations de votre extrême politesse et de votre bon ton.

Ainsi se termina cette entrevue. Miss la Creevy se hâta de sortir.

— Voilà une belle personne, se dit miss la Creevy ; je voudrais avoir à la peindre, Je la traiterais comme elle le mérite.

Heureuse d’avoir fait une plaisanterie très-piquante aux dépens de miss Knags, miss la Creevy se prit à rire et s’en alla déjeuner de très-bonne humeur.

Elle avait à peine savouré sa première cuillerée de thé, quand la servante annonça un étranger. Miss la Creevy, s’imaginant que c’était un individu désireux de faire faire son portrait, fut consternée au dernier point de la présence de la théière et des tasses.

— Emportez tout cela, courez avec ces tasses dans la chambre à coucher, n’importe où. Mon Dieu ! mon Dieu ! penser qu’il faut que je sois en retard ce matin