Page:Dickens - Nicolas Nickleby, trad. La Bédollière, 1840.djvu/120

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dramatique depuis sa naissance jusqu’à sa mort, et mon cheval de carriole figure dans Tamerlan le Tartare. Je vous engage, et votre ami aussi. Dites un mot ; j’ai besoin d’une nouveauté. — Je ne sais si j’en viendrais à bout, répondit Nicolas éperdu de cette proposition subite ; je n’ai jamais joué de ma vie, si ce n’est à l’école. — Il y a, dit M. Crummles, de la haute comédie dans votre démarche et vos manières, de la tragédie dans vos yeux, de la farce vive et animée dans votre rire. Vous serez aussi bon que si vous aviez passé votre vie sur les planches depuis votre naissance jusqu’à nos jours.

Nicolas pensa à la faible somme qui lui resterait en poche après avoir payé la carte, et il hésita.

— Vous pouvez nous être utile de cent manières ! dit M. Crummles ; songez aux magnifiques affiches que peut rédiger un homme instruit comme vous. — J’ai bien peu de confiance en moi-même, répondit Nicolas. Cependant je pourrai griffonner de temps à autre quelque chose-qui vous conviendra. — Bien ! dit le directeur, nous allons bâcler de suite une nouvelle pièce à grand spectacle. — Et combien gagnerai-je ? demanda Nicolas après un moment de réflexion pourrai-je vivre de mon salaire ? — Comme un prince ! avec vos appointements, ceux de votre ami, et vos écrits, vous pouvez vous faire… vous faire vingt-cinq francs par semaine ! — Vraiment ! — Je vous le garantis, et le double de la somme, si nous avons de bonnes chambrées.

Nicolas avait la misère en perspective.

Sans plus de délibération, il s’empressa de déclarer que c’était une affaire conclue, et en donna la main pour gage à M. Vincent Crummles.


CHAPITRE XVIII.

Comme M. Crummles avait dans l’écurie de l’auberge un étrange animal à quatre pattes qu’il appelait un cheval, et un véhicule d’une espèce inconnue qu’il honorait de la qualification de phaéton à quatre roues, Nicolas poursuivit le lendemain son voyage plus agréablement qu’il ne s’y était attendu.

Le bidet prit son trot, et, peut-être par suite de son éducation théâtrale, témoigna par intervalles un vif désir de se coucher à terre. Cependant M. Vincent Crummles le fit tenir debout en jouant de la bride et du fouet, et lorsque ces moyens lui manquèrent et que l’animal vint à s’arrêter, l’aîné des jeunes Crummles descendit et lui