Page:Dickens - Nicolas Nickleby, trad. La Bédollière, 1840.djvu/126

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Sur ma parole, dit ce dernier prenant le directeur à part, je ne crois pas pouvoir être prêt lundi. — Bah ! bah ! — C’est réellement impossible ; je suis loin d’avoir l’imagination aussi vive. — L’imagination ! et qu’a-t-elle de commun avec ce qui nous occupe ? s’écria le directeur. — Tout, mon cher monsieur. — Rien, mon cher monsieur, absolument rien. Entendez-vous le français ? — Parfaitement. — Très-bien, dit le directeur ouvrant le tiroir de la table et en tirant un rouleau ce papier qu’il remit à Nicolas. Traduisez cela en anglais, et mettez votre nom en tête. J’ai souvent formé le projet de n’admettre dans ma troupe que des maîtres de langue, qui apprendraient leurs rôles dans l’original, et les joueraient en anglais, ce qui épargnerait bien de l’embarras et de la dépense.

Nicolas sourit et empocha la pièce.

— Qu’avez-vous décidé par rapport à votre logement ?

— Rien. Venez donc avec moi, dit M. Crummles, et mes enfants vous accompagneront après dîner, et vous montreront le bon endroit.

On dîna, et Nicolas s’installa le soir dans un logement situé au haut d’une maison de trois étages, ou plutôt de deux étages, et d’une échelle, chez un marchand de tabac de Common hard, sale rue qui conduisait au quai.


CHAPITRE XIX.

Nicolas fut debout de bonne heure ; mais il avait à peine commencé sa toilette quand il entendit des pas qui montaient l’escalier, et les voix de M. Folair le pantomime et de M. Lenville le tragédien.

— Entrez, dit Nicolas quand il eut achevé sa toilette. — Je viens vous parler de ma femme, monsieur Johnson, reprit Lenville, et j’espère qu’elle aura un beau rôle dans votre pièce. — J’ai regardé l’exemplaire français hier au soir, ça n’est pas trop mauvais. — Que ferez-vous pour moi, mon vieux ? demanda Lenville. Il me faut un personnage sombre et bourru. — Vous jetez votre femme et votre enfant à la porte, dit Nicolas, et, dans un accès de rage, vous assassinez votre fils aîné. — Vraiment ! s’écria M. Lenville ; c’est on ne peut mieux. — Après quoi vous êtes tourmenté par les remords jusqu’au dernier acte, et vous prenez la résolution de vous suicider. Mais au moment où vous portez le pistolet à votre front, l’horloge sonne dix heures. — Je comprends, s’écria M. Lenville ; c’est admirable. — Vous vous arrêtez, vous vous rappelez avoir entendu l’horloge sonner dix heures dans votre enfance. Le