Page:Dickens - Nicolas Nickleby, trad. La Bédollière, 1840.djvu/140

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porte, et le visage tourné vers elle. Il avait les manches de son habit retroussées, et frappait l’air des coups les plus vigoureux, les plus savants et les mieux appliqués.

Au premier abord, cet exercice eût pu sembler une simple précaution sage de la part d’un homme d’habitudes sédentaires, et ayant pour but d’élargir la poitrine et de fortifier les muscles des bras ; mais l’ardeur et la joie peintes sur la face en sueur de Newman Noggs, l’énergie surprenante avec laquelle il dirigeait une suite non interrompue de coups vers un panneau situé à environ cinq pieds du sol, auraient suffisamment expliqué à l’observateur attentif que l’imagination du commis rossait, de manière à le laisser pour mort, le despotique maître de son corps, M. Ralph Nickleby.


CHAPITRE XXIII.

Le succès inattendu qui accueillit les débuts de M. Crummles à Portsmouth le détermina à prolonger son séjour dans cette ville une quinzaine au-delà de l’époque qu’il avait fixée pour son départ ; durant ce temps, Nicolas remplit une multitude de rôles, aux applaudissements du public, et attira au théâtre tant de gens qui n’y avaient jamais mis le pied, que le directeur pensa qu’une représentation à son bénéfice serait une spéculation fructueuse. Nicolas consentant aux conditions proposées, le bénéfice eut lieu, et ne rapporta pas à Nicolas moins de vingt livres sterling.

Maître de cette richesse inespérée, son premier soin fut d’envoyer à l’honnête John Browdie le montant de son prêt amical, avec maintes expressions de reconnaissance et d’estime et maints vœux sincères pour son bonheur conjugal. Il fit passer à Newman Noggs la moitié de la somme qu’il avait réalisée. Il le conjurait de la remettre secrètement à Catherine, en y joignant les plus vifs témoignages de tendresse. Il ne faisait pas mention de la manière dont il avait disposé de lui, se contentant d’apprendre à Newman qu’une lettre adressée à M. Johnson à Portsmouth lui parviendrait aisément. Il suppliait ce digne ami de lui donner les plus complets détails sur la situation de sa mère et de sa sœur, et sur les grands sacrifices que Ralph Nickleby avait faits pour elles depuis son départ.

— Vous êtes triste, dit Smike le soir du jour où cette dernière lettre parut. — Moi ! reprit Nicolas avec une feinte gaîté, car un aveu eût rendu l’enfant misérable toute la nuit ; je pensais à ma sœur, Smike. — À votre sœur ! — Oui. — Vous ressemble-t-elle ? — On le dit, répondit Nicolas en riant.