Page:Dickens - Nicolas Nickleby, trad. La Bédollière, 1840.djvu/78

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me laisser languir pendant quelques minutes, quand vous pouvez m’apprendre de suite ce qui s’est passé ? — Demain matin, dit Newman. — Pourquoi ? — Parce que vous dormirez mieux. — Je dormirai plus mal, reprit Nicolas avec impatience. Dormir ! tout harassé que je suis, malgré l’extrême besoin que j’ai de repos, je ne puis espérer fermer les yeux de la nuit si vous ne me dites tout. — Et si je vous disais tout ? reprit Newman avec hésitation. — En ce cas, vous pourrez exciter mon indignation ou blesser mon amour-propre ; mais vous n’interromprez pas mon repos, car si la scène était à recommencer, je n’y prendrais pas d’autre rôle que celui que j’ai pris, et quelles qu’en soient les conséquences, je ne me repens point de ma conduite. Qu’est-ce que la pauvreté et la souffrance comparativement à la honte d’être le plus lâche et le plus vil des hommes ? Je vous le dis, si j’étais resté calme et impassible, je me serais haï moi-même, et j’aurais mérité le mépris de tous. Oh ! le misérable !

Nicolas apaisa sa rage naissante par cette douce allusion à M. Squeers, et racontant exactement à Newman ce qui s’était passé au château de Dotheboys, il le conjura de lui parler sans délai. Newman Noggs tira d’une vieille malle un chiffon de papier griffonné à la hâte, et le lui remit en disant : — Mon cher ami, il ne faut pas vous laisser aller à vos sentiments ; vous ne réussirez pas dans le monde si vous prenez le parti de tous ceux qui sont maltraités. Je suis fier d’apprendre ce que vous avez fait ; je voudrais l’avoir fait moi-même.

Newman accompagna cette sortie d’un violent coup de poing sur la table, que, dans la chaleur du moment, il semblait prendre pour les côtes de M. Wackford Squeers, et il entama la question.

— Avant-hier, dit-il, votre oncle a reçu cette lettre : j’en ai pris copie eu courant, pendant qu’il était sorti. Faut-il vous la lire ? — S’il vous plaît.

Newman Noggs lut ce qui suit :

« Au château de Docboy, mardi matin.
» Monsieur,

" Mon papa me prie de vous écrire. Les médecins doute qu’il puissent jamais recouvrer l’usage de ses jambes, ce qui l’empêche de tenir la plume.

» Nous somes dans une cituation d’esprit qu’on ne saurait dépaindre, et mon papa n’est que contusions bleus et vertes depuis la tête jusqu’aux piés. Nous avons été forcés de le transeporter dans la cuisine où il est encore étendu. Vous pouvez voir par là qu’il est bien bas.

» Quand votre neveu, nommé soumaître à votre recommandation, eut ainsi traité