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De deux religions, celle-là doit être préférée, qui est le plus évidemment de Dieu, et le moins évidemment des hommes. Or la loi naturelle est évidemment de Dieu ; et elle est infiniment plus évidemment de Dieu, qu’il n’est évident qu’aucune autre religion ne soit pas des hommes : car il n’y a point d’objection contre sa divinité, et elle n’a pas besoin de preuves ; au lieu qu’on fait mille objections contre la divinité des autres, et qu’elles ont besoin, pour être admises, d’une infinité de preuves.
Cette religion est préférable, qui est la plus analogue à la nature de Dieu ; or, la loi naturelle est la plus analogue à la nature de Dieu. Il est de la nature de Dieu d’être incorruptible ; or l’incorruptibilité convient mieux à la loi naturelle qu’à aucune autre ; car les préceptes des autres lois sont écrits dans des livres sujets à tous les événements des choses humaines, à l’abolition, à la mésinterprétation, à l’obscurité, etc. Mais la religion naturelle, écrite dans le cœur, y est à l’abri de toutes les vicissitudes ; et si elle a quelque révolution à craindre de la part des préjugés et des passions, ces inconvénients-là sont communs avec les autres cultes qui d’ailleurs sont exposés à des sources de changements qui leur sont particulières.
Ou la religion naturelle est bonne, ou elle est mauvaise. Si elle est bonne, cela me suffit ; je n’en demande pas davantage : si elle est mauvaise, la vôtre pèche donc par les fondements.
S’il y avait quelque raison de préférer la religion chrétienne à la religion naturelle, c’est que celle-là nous offrirait sur la nature de Dieu et de l’homme des lumières qui nous manqueraient dans celle-ci : or il n’en est rien ; car le christianisme, au lieu d’éclaircir, donne lieu à une multitude infinie de ténèbres