Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, VI.djvu/19

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JACQUES LE FATALISTE


ET


SON MAÎTRE


—————————————



Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s’appelaient-ils ? Que vous importe ? D’où venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est-ce que l’on sait où l’on va ? Que disaient-ils ? Le maître ne disait rien ; et Jacques disait que son capitaine disait que tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas était écrit là-haut.

le maître.

C’est un grand mot que cela.

jacques.

Mon capitaine ajoutait que chaque balle qui partait d’un fusil avait son billet [1].

le maître.

Et il avait raison…


Après une courte pause, Jacques s’écria : Que le diable emporte le cabaretier et son cabaret !

le maître.

Pourquoi donner au diable son prochain ? Cela n’est pas chrétien.

  1. « Le roi Guillaume, sauf votre respect, dit Trim, était d’avis que notre destinée ici-bas était arrêtée d’avance ; tellement qu’il disait souvent à ses études que « chaque balle avait son billet. » (Sterne, Vie et opinions de Tristram Shandy, liv. VIII, chap. cclxiii — Traduction Léon de Wailly.)
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