Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 10.djvu/3

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flent, le sang dilate les vaisseaux artériels, qui sont encore fort fléxibles à cet âge, où coulent les menstrues pour la premiere fois ; le gonflement dont nous venons de parler, arrive à proportion que les filles approchent de l’âge de treize ou quatorze ans ; mais il se fait sur-tout sentir quelques jours avant que les menstrues coulent ; & il est si vrai qu’il se fait sentir d’avance, que si l’on examine attentivement le pouls, on trouvera qu’il s’éleve cinq ou six jours avant l’écoulement des menstrues ; le sang qui remplit extraordinairement les vaisseaux utérins, empêche celui qui vient après, d’y entrer ; ce sang qui vient après entre en plus grande quantité dans les artères, qui de l’abdomen vont communiquer avec les mamaires ; par-là les mamelles se gonflent, dès que les tuyaux excrétoires de l’utérus viennent à s’ouvrir, le sang ne passe plus en aussi grande quantité par les artères communiquantes avec les mamaires : & alors le sang qui gonfloit les mamelles, s’écoule peu-à peu ; voilà donc deux causes qui produisent le gonflement des mamelles ; la premiere est la préparation de la nature au flux menstruel, & cette préparation dure assez long-tems : ainsi on ne doit pas être surpris, si les mamelles se gonflent long-tems avant cet écoulement : 3°. le gonflement est encore causé par les efforts que fait la nature dans les premiers écoulemens.

Ajoutez à tout cela les aiguillons de l’amour, qui souvent ne sont pas tardifs dans les filles ; les impressions de cette passion s’attachent à trois organes qui agissent toujours de concert, la tête, les parties de la génération & les mamelles ; le feu de la passion se porte de l’une à l’autre ; alors les mamelles se gonflent, le sang fait des efforts contre les couloirs qui doivent filtrer du lait, & les dispose par là à le recevoir un jour ; or ce que nous venons de dire au sujet de l’accord de ces trois parties, quand elles sont agitées par les impressions de l’amour, doit nous rappeller une troisieme cause qui agit dans le gonflement des mamelles, c’est l’action des nerfs sympatiques ; quand l’utérus se prépare à l’écoulement menstruel, il est agité par les efforts du sang ; cette agitation met en jeu les nerfs sympathiques, qui agissent d’abord sur les mamelles ; ces nerfs par leur action, rétrécissent les vaisseaux qui rapportent le sang des mamelles ; il est donc obligé de séjourner dans leur tissu spongieux, & de le gonfler ; tous ces mouvemens dilatent les couloirs des mamelles & favorisent l’usage auquel la nature les a destinées. On voit par-là, que la raison qui montre qu’il ne doit pas y avoir un écoulement reglé dans les hommes, nous apprend que le lait ne doit pas se filtrer dans leurs mamelles ; comme ils n’éprouvent pas de plénitude ainsi que les femmes, les vaisseaux mamaires qui ne sont jamais gonflés, ne se dilatent point ; au contraire, comme ils se fortifient & se durcissent, les follicules & tuyaux laiteux acquierent de la dureté, parce qu’ils sont membraneux ; ainsi le sang a de la peine à y séparer le lait, quand même il arriveroit dans la suite quelque plénitude, comme on le voit souvent par les écoulemens périodiques qui se font par les vaisseaux hémorrhoïdaux. Il peut cependant se trouver des hommes en qui la plénitude, les canaux élargis dans les mamelles, la pression ou le sucement produiront du lait ; tout cela dépend de la dilatation des canaux.

La sixieme question qu’on peut former, c’est pourquoi le lait vient aux femmes après qu’elles ont accouché. Pour bien répondre à cette question & comprendre clairement la cause qui pousse le lait dans les mamelles après l’accouchement, il faut se rappeller, 1°. que le lait vient du chyle, 2°, que les vaisseaux de l’utérus sont extrémement dilatés durant la grossesse, 3°. que l’utérus se retrécit d’abord après l’ac-


couchement, 4°. qu’il passoit une grande quantité de chyle ou de matiere laiteuse dans le fœtus.

De la troisieme proposition, 1°. il s’ensuit que le sang ne pouvant plus entrer en si grande quantité dans les arteres ascendantes, par conséquent les arteres qui viennent des souclavieres & des axillaires dans les mamelles, seront plus gonflées ; 2°. il s’ensuit de cette même proposition que le sang qui entre dans l’aorte descendante ne pouvant plus s’insinuer en si grande quantité dans l’utérus, remplira davantage les arteres épigastriques qui communiquent avec les mamaires. Voilà donc les mammelles plus gonflées de deux côtés après l’accouchement. 3°. De la quatrieme proposition il s’ensuit que le chyle superflu à la nourriture de la mere, lequel passoit dans le fœtus, doit se partager aux autres vaisseaux & se porter aux mamelles. A la premiere circulation qui se fera, il en viendra une partie ; à la seconde il en viendra une autre, &c. & comme cinq ou six heures après le repas le chyle n’est pas encore changé en sang, les circulations nombreuses qui se feront durant tout ce tems y porteront une grande partie de ce chyle, qui auroit passé dans le fœtus s’il eût été encore dans le sein de la mere.

Dans le tems que le chyle est ainsi porté aux mamelles, les follicules se remplissent extraordinairement, les tuyaux gonflés se pressent beaucoup ; & à l’endroit où ils s’anastomosent, cette pression empêche que le lait ne s’écoule. Les tuyaux extérieurs qui n’ont pas encore été ouverts, contribuent aussi par leur cavité étroite à empêcher cet écoulement ; mais dès qu’on a sucé les mamelles une fois, 1°. les tuyaux externes se dilatent, 2°. les cylindres de lait qui sont dans les tuyaux internes sont continus avec les cylindres qui sont entrés dans les externes : alors le lait qui ne couloit point auparavant rejaillira après qu’on aura sucé une fois ces tuyaux, dont l’ouverture étoit fermée au lait, par la même raison que l’uretre est quelquefois fermée à l’urine par la trop grande dilatation de la vessie, laquelle étant trop gonflée, fait rentrer son col dans sa cavité.

On peut ajouter une autre cause qui ne contribue pas moins que celles dont nous venons de parler, à faire entrer le lait en grande partie dans les mamelles après l’accouchement ; il faut se rappeller le grand volume qu’occupe l’utérus pendant la grossesse ; après l’accouchement, l’utérus revient dans peu de tems à son premier volume : durant les premiers jours la révolution y est extraordinaire, c’est-à-dire que la construction des fibres, l’expulsion du sang y causent des mouvemens surprenans & pour ainsi dire subits. Or, par l’action des nerfs sympathiques, le mouvement se porte avec la même violence dans les mamelles ; elles se gonflent par ces mouvemens, leurs couloirs s’ouvrent, & le lait se filtre & s’écoule. Le lait entre dans les filtres par la même raison que si les vaisseaux de la matrice étoient mis en jeu par les mouvemens des nerfs, le sang ou une matiere blanche, pourroient s’écouler.

Par cette méchanique qui fait que le lait se filtre dans les mamelles des femmes accouchées, il peut se filtrer dans les filles dont les regles sont supprimées ; car le sang ne pouvant ni circuler librement ni se faire jour par la matrice, se jettera dans les mamelles, ce qui n’est pas rare. On voit aussi par-là que cela peut arriver à quelques femmes qui n’ont plus le flux menstruel ; cependant comme les fibres se durcissent par l’âge, ce cas ne se rencontrera point ou très rarement dans les femmes âgées, dont les parties seront desséchées.

Les filles qui sont fort lascives pourront avoir du lait par une raison approchante de celle que je viens de donner ; car les convulsions qui s’exciteront dans leurs parties génitales feront monter une plus grande