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ment, ou par la chûte des pluies ; ils font ces fumiers ou manis quarrés, longs & larges, à proportion de la place où ils les amassent, & hauts de quatre à cinq piés au plus ; ils ont soin de les couper net pour empêcher qu’ils ne s’éboulent ; ils joignent au gouémon les fumiers ordinaires qu’ils font pourrir auparavant, & des croutes, ou de la superficie des landes.

Le gouémon le plus estimé & de la meilleure qualité, est celui que l’on nomme chêne de mer soit de la premiere espece, ou le petit chêne à poix ou à boutons ; les autres ne sont pas si recherchés dans de certains lieux, sur-tout le long des côtes où ces deux premieres especes se trouvent en abondance : d’autres riverains, sans aucune distinction, se servent de toutes les especes d’herbes marines. Ces sortes de fumiers sont excellens pour les terres froides que le sel dont ces herbes sont remplies échauffe, & rend de cette maniere plus fertiles.

Presque tous les riverains laboureurs qui se servent du gouemon pour l’engrais de leurs terres, en font la coupe dans des tems différens. Cependant en la fixant comme on l’a marqué ci-dessus, celui qu’ils choisissent le plus ordinairement y sera compris.

MANITOUS, s. f. (Hist. mod. superstition.) c’est le nom que les Algonquiris, peuple sauvage de l’Amérique septentrionale, donnent à des génies ou esprits subordonnés au Dieu de l’univers. Suivant eux, il y en a de bons & de mauvais ; chaque homme a un de ces bons génies qui veille à sa défense & à sa sûreté ; c’est à lui qu’il a recours dans les entreprises difficiles & dans les périls pressans. On n’acquiert en naissant aucun droit à ses faveurs, il faut pour cela savoir manier l’arc & la fleche ; & il faut que chaque sauvage passe par une espece d’initiation, avant que de pouvoir mériter les soins de l’un des manitous. On commence par noircir la tête du jeune sauvage, ensuite on le fait jeûner rigoureusement pendant huit jours, afin que le génie qui doit le prendre sous sa protection se montre à lui par des songes, ce qui peut aisément arriver à un jeune homme sain dont l’estomac demeure vuide ; mais on se contente des symboles, qui sont ou une pierre, ou un morceau de bois, ou un animal, &c. parce que, selon les sauvages, il n’est rien dans la nature qui n’ait un génie particulier. Quand le jeune sauvage a connu ce qu’il doit regarder comme son génie tutélaire, on lui apprend l’hommage qu’il doit lui rendre. La cérémonie se termine par un festin, & il se pique sur quelque partie du corps la figure du manitou qu’il a choisi. Les femmes ont aussi leurs manitous. On leur fait des offrandes & des sacrifices, qui consistent à jetter dans les rivieres des oiseaux égorgés, du tabac, &c. on brûle les offrandes destinées au soleil ; quelquefois on fait des libations accompagnées de paroles mystérieuses. On trouve aussi des colliers de verre, du tabac, du maïz, des peaux, des animaux & sur-tout des chiens, attachés à des arbres & à des rochers escarpés, pour servir d’offrandes aux manitous qui président à ces lieux. Quant aux esprits malfaisans, on leur rend les mêmes hommages, dans la vûe de détourner les maux qu’ils pourroient faire. Les Hurons désignent ces génies sous le nom d’okkisik.

MANIVELLE, s. f. (Hydr.) est la piece la plus essentielle d’une machine. Elle est de fer coudé, & donne le mouvement au balancier d’une pompe ; il y en a de simples, d’autres se replient deux fois à angles droits, & la manivelle à tiers points se replie trois fois. (K)

Manivelle du gouvernail ou Manuelle, (Marine.) c’est la piece de bois que le timonnier tient à la main, qui fait jouer le gouvernail. Il y a une bou-


cle de fer qui la joint à la barre du gouvernail, ce qui fait jouer le gouvernail.

La manivelle ou manuelle du gouvernail doit être à-peu-près de la longueur du tiers de la largeur du vaisseau, & avoir un pouce d’épaisseur au bout qui joint la barre par chaque deux piés qu’elle a de longueur ; mais elle ne doit avoir que la moitié de cette même épaisseur par le bout d’en-haut. Voyez Planche IV. figure premiere, la manivelle ou manuelle, cotée 181.

Manivelle simple, outil de charron, c’est la moitié d’un petit essieu de bois rond, dont un bout est enchâssé dans une petite fleche, ce qui forme une espece d’équerre qui sert aux Charrons pour conduire une petite roue, en mettant la moitié dudit essieu dans le trou du moyeu, & la poussant avec la fleche par-tout où ils la veulent conduire. Voyez les Planches du Charron.

Manivelle double, outil de Charron, c’est un petit essieu entier au milieu duquel est enchâssé un petit timon ou fleche de bois, dont les Charrons se servent pour conduire deux petites roues à la fois, en faisant entrer le petit essieu dans les trous pratiqués au milieu des moyeux. V. Pl. du charron.

Manivelles, (Cordier.) sont des instrumens de fer dont les Cordiers se servent pour tordre de gros cordages. Voyez nos Planches de Corderie. G en est la poignée ; H, le coude ; I, l’axe ; L, un bouton qui appuie contre la traverse E du chantier ; M, une clavette qui retient les fils qu’on a passés dans l’axe I.

On tord les fils qui sont attachés à l’axe I, en tournant la poignée G, ce qui produit le même effet que les molettes, plus lentement à la vérité ; mais puisqu’on a besoin de force, il faut perdre sur la vîtesse, & y perdre d’autant plus qu’on a plus besoin de force : c’est pourquoi on est plus longtems à commettre de gros cordages, où on emploie de grandes manivelles, qu’à en commettre de médiocres, où il suffit d’en avoir de petites. Voyez l’article Corderie.

Manivelle, (Imprimerie.) Les Imprimeurs appellent ainsi un manche de bois creusé, long de trois pouces & demi sur cinq pouces de diametre, dans lequel passe le bout de la broche du rouleau ; elle n’a d’autre usage que la plus grande commodité de la main de l’ouvrier. Voyez Broche, & les Pl. d’Imprimerie.

Manivelle, en terme de fileur d’or, est un morceau de fer courbé par le milieu en zigzag, & percé quarrément par le bout qui entre dans l’arbre.

Manivelle, (Rubannier.) s’entend de tout ce qui sert à faire tourner quelque chose que ce soit avec la main ; ce mot est à présent assez connu pour se passer de toute autre explication.

Manivelle, (Vitrier.) Les Vitriers appellent manivelle dans un tire plomb ou rouet à filer le plomb, certain manche qui, en faisant tourner l’arbre de dessous, fait aussi tourner celui de dessus par le moyen de son pignon. Voyez Tire-plomb.

MANLIANA, (Géog. anc.) ancienne ville de Lusitanie, au pays des Wettons, selon Ptolomée, l. II. c. v. Mariana croit que c’est Mallen ; & Ortelius pense que c’est Montemayor : ils n’ont peut-être raison ni l’un ni l’autre. (D. J.)

MANNE, s. f. (Hist. nat. des drog.) la manne ordinaire des boutiques est un suc concret, blanc, ou jaunâtre, tenant beaucoup de la nature du sucre & du miel, & se fondant dans l’eau ; ce suc est gras, doué d’une vertu laxative, d’un goût douceâtre, mielleux, tant-soit-peu âcre, d’une odeur foible & fade. Il sort sans incision ou par incision, à la maniere des gommes, du tronc, des grosses branches, & des feuilles de quelques arbres, en particulier des frênes culti-